c'est un ours enfin plutôt une dresseuse d'ours qui m'a rappelée à l'ordre...merci à elle,il me fallait bien un Rrr..pour me réveiller...

alors où en suis-je..?

le changement est assez radical et mes yeux découvrent un monde que j'avais un peu oublié,perdue que j'étais dans ma nuit isolée depuis des années.
mon nouvel hôpital est plus petit que l'ancien,sans être petit quand même,il est typique de la province française de la France profonde:tout le monde connait tout le monde.
par contre,sa population -employés comme clients- est peu métissée,même très peu métissée,ce qui me fait tout bizarre,moi qui était habituée à différentes nuances de peau,d'accents et de culture.

je le ressens également parce que l'on ne manque pas de souligner mon accent (je ne pensais pas en avoir un) et mon physique de grande (1m73 mais là-bas c'est trrrrrrès-trrrrrès grand),
ce à quoi je réponds que eux aussi ont un accent genre à-avaler-les-syllabes,et que ce n'est pas de ma faute si c'est un pays de petits-formats.
non mais.
à part ça,tout le monde se révèle dans l'ensemble gentil,et même si après 1 mois,j'ai déjà décelé quelques fissures dans cette harmonie de façade,je dois reconnaître que mes anciennes collègues étaient vraiment des peaux de vache parfois et que maintenant je suis agréablement surprise par l'ambiance.

pour l'instant du moins!

ce qui m'a surpris aussi c'est de retrouver un mode de fonctionnement de travail très ressemblant avec celui que j'ai connu il y a 15 ans:sans doute la taille de l'hôpital,"taille humaine" y est pour quelque chose.
et l'ambiance de la journée....il s'en passe des choses quand même.
j'observe tout ça avec l'oeil d'un "ethnologue".
le nombre de personnes qui peuvent m'interpeller en une journée est assez conséquent,au début j'avais la tête qui tournait de tout ce monde qui va et qui vient dans le service.
les médecins,la cadre,la cadre du service voisin,la cadre de garde,le cadre supérieur,des infirmières,des aides-soignantes,des agents hospitaliers,des kinés,assistante social,psychiatre,infirmier-psy,infirmière addictologue,les brancardiers,diététiciennes....et le Téléphone,qu'on aimerait bien qu'il soit greffé sur le doigt.
et puis les malades,et puis les familles.

je suis dans un service de médecine-fourre-tout.
adieu soins palliatifs,fin de vie,accompagnement et compagnie...j'ai dû en faire le sevrage,pas facile au début quand on ne fait que ça depuis des années....je me suis ennuyée à périr les premiers temps.
et puis je me suis raisonnée,après tout pour une fois que je ne suis pas stressée dans mon boulot,peut-être que ce n'est pas si mal,après tout je commence à prendre de l'âge,16 ans de diplôme,16 ans d'hôpital ça use quand même.

donc dans mon service,je dois m'occuper de personnes âgées qu'on doit "placer" (je reviendrais sur ce terme dans un autre message),de conjugopathiques (victimes de conjugopathie....ou comment les désordres conjugaux peuvent amener à l'hospitalisation),d'ex-ethyliques -en-passe de l'être tout du moins-,de dépressifs,de tentatives de suicide,de SDF aux infections bizarres,ulcères variqueux-tout-dégueux......bref tout ce qui peut passer pour de la médecine générale,d'ailleurs le praticien hospitalier qui s'occupe de ce service est médecin généraliste.

ce qui est assez fascinant dans ce fourre-tout c'est qu'on voit une radioscopie de la société française avec ses bobos,ses problèmes sociaux (que faire du vieux-qui-pisse-partout,ou du SDF diabétique ??),ses tourments,ses limites.

et même si ma cadre me dit que ce n'est pas un service intéressant (par rapport à ce que je faisais),finalement je me dis qu'il y en a des choses à voir et à réfléchir.
et quand un grand-père dément me vole des bisous sur le bras,hé bien ça me fait craquer.

finalement,je crois que je les aime bien mes malades "médecine".

alors à bientôt pour des histoires de mon nouveau pays de candy