me revoilà.

après une aussi longue absence,je me dois de faire un petit bilan annuel,en écho à la fameuse évaluation annuelle que tout agent de l'hôpital public connait bien.

donc,cela fait 1 an que je suis dans ce service...et je suis bien.
c'est drôle de se le dire,un peu inquiète aussi (pourvu que ça dure..),mais je savoure enfin pleinement d'aller au travail.
bizarre.

la chose qui me "kiffe" le plus comme disent les jeunes,c'est la confiance.
confiance que me témoignent mes collègues qui se tournent très souvent vers moi pour un avis,un conseil,une décision.
confiance que me témoigne ma cadre "Reinette" qui,je le réalise,m'a aidée à prendre confiance en moi.
confiance enfin que me témoignent les médecins,ce qui n'est pas la moindre des choses pour moi,je l'ai déjà évoqué.

et comme une fleur,je m'épanouis dans ce climat.
je me rends compte également de la chance que j'ai,je peux comparer quand je regarde en arrière:
depuis une dizaine d'années,je baignais dans un climat assez violent au travail,que ce soit au niveau de la pathologie,de la prise en charge,du type de patients,comme des collègues et de la hiérarchie ou plutôt de son absence.
j'allais au boulot comme au combat.
ça a été à l'origine de ce blog,qui ne reflète qu'une petite partie de ce que j'ai vécu.

c'est à l'occasion d'une formation sur la gestion de la violence et l'agressivité à l'hôpital que j'ai réalisé tout cela:comme autant de poissons morts,des scènes surréalistes sont remontées à la surface de ma mémoire.
je les visualise maintenant avec incrédulité...comme j'ai fait pour tenir....et là,des visages disparus m'apparaissent,il faut que je les fasse revivre ici,avant que le temps et l'oubli définitif ne fassent leur oeuvre.

le bilan positif de ces années,c'est que cela m'a donné une certaine force et sérénité,qui sans doute transparait dans mes attitudes.
mais encore une fois,c'est dans un terreau bienveillant que le positif peut germer.

je me rappelle quelques remarques de ma cadre au début que j'étais là...
j'étais très méfiante vis-à-vis des médecins,j'ai mis du temps à leur accorder confiance -non pas professionnellement car là,ça a été immédiat- mais sur leur personne,leur probité,leurs valeurs et leur considération envers une infirmière,nouvelle de surcroît.
Reinette ne comprend pas pourquoi j'ai douté si longtemps qu'ils m'apprécient vraiment.
une "traumatisée" qu'elle disait,cherchant l'ombre quand les médecins étaient là,mais étant toujours présente pour les patients et les collègues.
elle a cherché à savoir,il lui fallait une explication rationnelle,genre chirurgien tyrannique et despote m'ayant écrasée sous sa botte.
c'est plus complexe.

comment peut-elle se rendre compte de l'isolement dans lequel j'étais,où la seule personne sur qui je pouvais compter c'était moi ?
comment peut-elle se rendre compte du nombre de fois où j'ai dû aller au-delà de mon simple rôle d'infirmière?
parfois je faisais la psychologue de bazar,la chef à 2 barettes,quelques petits diagnostics avant d'en convaincre l'interne (l'art de pousser en douceur vers la bonne voie),l'aide-soignante bien sûr,le croque-mort aussi....
et tous ces patients qui comptaient sur moi,qui allaient jusqu'à m'attendre pour exprimer leurs besoins physiques comme psychologiques...
toute cette confiance qu'ils avaient en moi d'emblée,qui m'obligeait à l'excellence et en même temps qui me faisait peur,car je manquais d'outils,de formations,de moyens,de temps,et surtout de soutien,tant médical que hiérarchique que du côté de mes collègues.
et avec tout ça,je restais un "fantôme",à peine connue des médecins et des cadres pour qui je n'étais qu'une paire de bras dont la valeur se jugeait à la présence ou non au travail.

oui,j'allais au travail comme au combat,le but étant d'arriver au bout de la nuit,en sécurisant les patients au maximum,en ayant le moins de casse possible.
j'en paye le prix maintenant,ayant une HTA sous traitement,ma diastolique visant les sommets au-delà de 10.

aujourd'hui,j'ai repris avec bonheur ma place de simple infirmière,chaque membre de l'équipe a un rôle qu'il remplit.
et la pression s'est tellement allégée,l'impression d'une fluidité que j'accueille avec bonheur.
je savoure ces conditions de travail, plus que toute autre dans l'équipe.

alors si à l'entretien d'évaluation annuel,Reinette m'a prévenue que ma note allait baisser,au nom d'une péréquation (alignement de la note par rapport à la note moyenne de l'établissement) pour l'égalité des agents,cela m'importe peu au regard des appréciations qu'on me porte et qui m'ont émue aux larmes.

parce que je ne pensais pas,moi la fille de l'ombre,qu'on pensait cela de moi.
la "traumatisée", comme dit Reinette, commence à guérir.