08 octobre 2009
ordre et vaccin,III
je suis pessimiste quant à l'Ordre.
d'un côté,puisqu'il est chargé -dans les textes- de recenser tous les professionnels infirmiers,je ne vois pas pourquoi le Gouvernement se passerait d'une économie de plusieurs millions qui actuellement sont utilisés par ce fameux fichier Adeli,fichier géré par la DDASS,donc par l'Etat.
de l'autre côté,les infirmier(e)s....
pour dire le mot,en hôpital public,elles se fichent de tout ça.
par exemple,dans mon équipe,je suis la seule à m'y intéresser,que ce soit en positif ou en négatif.
et quand j'en parle,je vois bien que cela n'a aucun impact,que ce soit en positif ou en négatif.
personne n'a rien fait,que ce soit en positif (renvoyer le dossier et le chèque)
ou en négatif (manifester contre l'Ordre ou même,seulement en parler ).
et personne ne fera rien.
aucun intérêt pour la chose.
passives,voilà le mot.
prises par le train-train quotidien,personnel ou professionnel,elles ne pensent à l'Ordre que comme à un petit truc désagréable,auquel il faudra bien passer tôt ou tard,le plus tard possible évidemment,et seulement le couteau sous la gorge.
c'est comme ça que l'Ordre arrivera à s'imposer,le temps travaille pour lui.
un lien intéressant qui résume la situation actuelle: http://www.infirmiers.com/les-grands-dossiers/ordre-infirmier/cotisations-a-lordre-infirmier-bulletin-du-front.html
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.........en ce qui concerne les vaccins contre la grippe saisonnière.....
depuis une semaine,ils sont arrivés dans le frigo.
ils attendent sagement d'être utilisés.
on sait qu'ils sont là,mais on les oublie...comme un petit truc désagréable,auquel il faudra bien passer tôt ou tard,le plus tard possible évidemment,et seulement le couteau sous la gorge.
sacrées infirmières !!
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28 septembre 2009
ordre et vaccin,II
suite du feuilleton ordre et vaccin dans mon service
-l'Ordre Infirmier
un préavis de grève a été déposé pour le 30 septembre et le 1er octobre
pour le salut de l'hôpital,j'ai été assignée à mon poste comme gréviste réquisitionnée.
bon....l'appel des syndicats demande à ce que les infirmier(e)s viennent avec leur dossier vierge devant chaque DDASS
....pour le brûler en place publique.
hum....ça ne me plaît pas trop,ça fait un chouïa hystérie collective.
mais à l'heure du règne de l'image,ce qui compte c'est de frapper les esprits derrière les écrans.
j'ai comme un doute pourtant, sur la participation réelle de grévistes à ces manifestations.
sans doute,le nombre de non-renvois de dossiers sera-t'il plus parlant.
on verra bien.
-le vaccin
pratiquement tout le monde accepte le vaccin contre la grippe...saisonnière.
c'est déjà ça;
maintenant c'est juste la liste des volontaires qui est faite,les vaccins eux,ne sont pas encore dans le service.
prochaine étape,le vaccin contre la grippe A ?
la direction le souhaite,mais les soignants niet.
on verra bien,là aussi.
25 septembre 2009
Ordre vaccinal
en ce moment à l'hôpital,il y a 2 choses qui mettent le petit monde soignant en ébullition:
la vaccination contre la grippe A et l'Ordre Infirmier.
curieusement ces 2 évènements surviennent en même temps,ce qui potentialise leur rejet,avec ce sentiment croissant qu'il y en a "marre d'être pris pour des moutons".
la vaccination d'abord:
l'autre jour,la cadre est venue demander les noms des "volontaires" pour se faire vacciner,ce d'autant plus que notre service a été officiellement désigné pour accueillir les futurs grippés éventuels.
on était toutes réunies autour de la table des transmissions,équipe du matin et équipe de l'après-midi,dans une joyeuse ambiance.
autant dire que l'annonce de Reinette a jeté un froid.
devant le silence des unes et les coups d'oeil appuyés des autres,elle remit ça:
-bon alors..?..l'Administration me demande des noms...
-et vous faites quoi vous,Reinette ?
-heu..je pense que je vais le faire aussi,oui...certainement...
-et les docteurs,ils font quoi ???
-je pense que le Tigre va se vacciner aussi...et vous pouvez avoir confiance en lui,il est toujours au courant de tout,alors si lui le fait,on peut y aller sans crainte!
-moi,je me vaccine si le Tigre se vaccine..!
-moi aussi!...
-moi pas et on peut pas m'obliger!!
-pareil pour moi,pas question de me faire vacciner pour me retrouver dans un fauteuil roulant..!
-ouais,pourquoi on s'rait sacrifié d'abord ???
-d'abord c'est une toute petite grippe,alors qu'ils arrêtent de nous emmerder avec ça !!
tout le monde s'exclame à la fois avec vigueur,on ne s'entend plus,et il faut dire que les "contre" sont très majoritaires.
la cadre s'adresse à moi en me demandant ce que je vais faire.
prudente et sceptique,je répond que je me vaccinerais si le Tigre se vaccine,avec le vaccin du même labo bien entendu...
ayant vu à la télé,quelques jours auparavant,un Professeur de Maladies Infectieuses hésiter et manier la langue de bois devant une journaliste qui lui demandait si lui,il allait se faire vacciner,j'en ai gardé un trouble méfiant à l'égard de toute cette campagne de vaccination.
Reinette répondit qu'elle allait transmettre le message au Dr Tigre.
une aide-soignante qui n'a pas sa langue dans sa poche me dit alors:
-comment tu peux leur faire confiance ???...ils nous prennent pour des cobayes !..déjà qu'on va devoir se coltiner les malades de la grippe,d'ici à c'qu'ils nous enferment ici avec eux..!...ils nous prennent pour des cons à la Direction,y z'ont qu'à montrer l'exemple!..pourquoi nous d'abord ??
-bon écoute,ça se défend l'idée du vaccin,regarde je me fais bien vacciner tous les ans contre la grippe normale et ça va...
par contre,il y a un truc qui me dérange,cette précipitation à le fabriquer,cette histoire d'adjuvants,ces médecins qui ne veulent pas se faire vacciner....
-et les chefs,t'oublies les chefs..!!!.....non,non,non,on m'aura pas,on est en France,on est libre,je me ferai pas vacciner!
-mais si les chefs et les docteurs se font vacciner ???
-je sais pas....déjà,ils faudrait qu'ils le fassent devant moi,que j'ai la preuve de mes yeux vus,parce que,hein!, on les connait,tous menteurs et compagnie...!
un peu plus tard,Reinette est revenue dire qu'elle retirait ce qu'elle avait dit,à savoir nous pousser à nous vacciner....
la raison ?
apparamment,associé au vaccin,on demande au joyeux volontaire de signer un papier déchargeant l'Etat,l'Hôpital et le Labo de toutes responsabilités au cas il arriverait,par malheur,une complication due au vaccin.
et le Tigre,venu confirmer ce fait,a dit que par principe,il ne signerait jamais ce genre de papier parce que,justement,on ne sait jamais....
dont acte.
moi,ça me fait doucement rire jaune toute cette farce.
et je rêve à quoi auraient pu être employé les milliards dépensés dans cette campagne de vaccination...
18 mai 2009
la famille tuyau-de-poêle
quand elle est arrivée,c'était la nuit.
petite dame un peu frêle et très déshydratée,un peu désorientée et très fatiguée
au point d'être un peu en partance pour l'Autre-Côté.
alors elle est arrivée dans le service et on s'est mis à la soigner,
en attendant que le temps fasse son oeuvre,lui aussi.
classique.
et puis,dès le lendemain,on a fait connaissance avec sa famille.
et là..pas classique du tout.
d'abord,il y a le père.
petit bonhomme à la tête de farfadet,il aime se présenter en brandissant un doigt qui a la particularité d'être double;
2 ongles côte à côte sur la même phalange,c'est curieux,surtout quand il le pose sur votre bras.
car monsieur est du genre tactile et manifestement,les "'tites z'infirmières" ça le botte vraiment.
il nous déshabille du regard,de haut en bas,en disant d'un air gourmand "ho,les belles filles,ho k'elles sont belles..."
quand la fille est petite,il dit "ho,qu'elle est petite,il m'en faudrait 2 comme ça dans mon lit!"
quand la fille est grande,il dit "ho,qu'elle est grande,elle devrait faire du lancer de poids!"
il aime se promener dans le service,rentrer dans toutes les chambres,et regarder les patients:
quand c'est un "vieux",il dit "moi,je suis encore vert!"
quand c'est un moins vieux (40 ans par exemple),il dit "tiens! un nouveau-né!"
il s'est trouvé un copain,visiteur comme lui,qui vient voir sa "copine" de 97 ans en lui faisant des bécots et des chatouilles.
paraît-il.
c'est notre compère qui nous l'a affirmé en disant que lui,les voyait bien se faire des cochonneries.
et le copain de répondre:
"à nos âges,à défaut de tendre le bras,il nous reste la bouche,si vous voyez ce que je veux dire...!"
on voit.
cela n'a pu que séduire notre homme,et c'est ensemble qu'ils échangent des considérations aussi égrillardes qu'à la caserne de leurs 20 ans.
c'est un autre patient,un "nouveau-né" qui me l'a dit,un peu gêné..."vous savez...c'est deux-là,ils n'arrêtent pas de parler sur vous,c'est du lourd..."
on n'en doute pas.
d'ailleurs,nous sommes toutes éberluées par ces phénomènes,et en tant qu'éléments féminins,nous concluons doctemment que décidemment,chez les hommes,"ça" les travaille jusque dans la tombe.
l'apothéose est arrivé un dimanche quand il dit à une jeune aide-soignante: "ho,toi,t'as des yeux de cochonne !!!"
bon,c'est vrai qu'elle était allée en boîte toute la nuit et qu'elle avait peu dormi.
elle en a été horriblement vexée d'ailleurs...
surtout quand ses collègues lui ont dit "ho! toi,il t'a reconnue!!"
ce à quoi,elle a répondu par une bassine d'eau froide jetée à la volée,sur le dos de ces collègues ricanantes,ce qui a dégénéré en une bataille d'eau en règle.
heureusement que c'était dimanche.
il a plu du plafond ce jour-là.
une façon de laver l'impression de sale.
ensuite il y a le fils et la fille.
tous deux adultes,mais tous deux un peu simplets.
la fille reste assise sur la chaise devant sa mère,sans parler,le regard un peu égaré:une fois assise,elle ne se lève plus.
si on a besoin de passer entre le lit et la chaise,on doit bouger le lit,la fille refusant de bouger de sa chaise.
elle ne dit pas un mot jusqu'au signal de départ du père.
mais au moins elle n'a pas l'air violent.
car le fils est plus perturbé:quand il arrive,il se met assis sur le lit et dévisage sa mère tout le temps de la visite.
quand on le fait sortir pour les soins,il devient très nerveux et se met à marmonner dans sa barbe;
on se chuchote qu'il est un peu fou/parano:
une fois,il a pris pour cible une infirmière,peut-être ressemblait-elle à quelqu'un qu'il n'aimait pas
quoiqu'il en soit,il s'est mis à vociférer des mots sans suite en agitant le poing,
au point -c'est le cas de le dire- qu'elle a dû se réfugier dans une autre chambre en lui claquant la porte au nez.
la cadre ayant voulu intervenir a vite battu en retraite devant les cris qu'il s'est mis à lancer
- "toi,tu vas parler comme moi,toi tu bouges pas les lèvres et tu parles sur moi..???.toi,tu me laisses tranquille!!"
évidemment,nous avons toutes ri sous cape devant la mine de notre cadre qui a décrété que comme c'était un fou,on ne devait rien dire,et plus vite on s'en débarrassera,mieux ça sera.
elle qui disait qu'on exagérait avec cette famille et qu'on faisait des jugements de valeur indignes de soignants.
apparté:
pour ma part,j'ai trouvé qu'il avait raison:la cadre parle pratiquement sans bouger les lèvres,ce qui lui donne un air de petite grenouille
j'ai donc trouvé l'identité définitive de la cadre du service: Reinette la Grenouille
c'est ainsi que je la désignerai dorénavant.
la vérité sort de la bouche des simplets.
il y a une 3ème fille qui habite à l'étranger et qui téléphone en disant que sa famille est complètement folle,
que c'est pour ça qu'elle les a fui,et aussi que son père est maltraitant avec sa mère.
quand on lui propose de parler à sa mère au téléphone,elle accepte mais c'est à un perroquet que parle la mère;
le perroquet de la fille,si vous suivez bien.
parce qu'il paraît que la mère adore causer au perroquet de sa fille.
c'est la fille qui le dit.
et puis il y a la mère.
petite dame frêle hospitalisée pour déshydratation sur vomissements.
son mari a clamé son dégoût de la chose "vous vous rendez-compte,je dois la démerder 3 fois la nuit!!"
elle,elle se sent bien avec nous,elle ne veut plus rentrer chez elle.
nous,on la dorlote.
c'est pour elle que nous supportons les remarques et coups d'oeil égrillards du mari.
c'est pour elle et non pour ses 80 ans à lui qu'on se retient de dire les mots qui nous démangent.
c'est pour elle qu'on ne fait pas de vague.
50 ans qu'elle le supporte.
alors nous pouvons le supporter quelques 3 heures par jour.
un jour où elle devait boire une préparation en vue d'une coloscopie,nous lui avons apporté un litre de cette boisson un peu salée qui a pour effet de nettoyer les intestins,et de provoquer une diarrhée en somme.
pour lui faire passer le goût,on y avait rajouté du sirop de grenadine, et si à 13h30 la bouteille bien rouge et bien pleine se trouvait sur sa table de nuit,à 16h elle était vide.
agréablement surprise,l'infirmière lui demande:
-c'est bien madame,vous avez tout bu...
devant le sourire en coin de la dame,un doute saisit ma collègue:
-c'est bien vous qui avait bu la boisson?
-mmmmmhhhh
alors le mari:
-elle était bonne cette grenadine! pourquoi ?
qui a dit que la vengeance est un plat qui se mange froid?
on en ri encore.
enfin un jour,elle est rentrée chez elle.
son mari en était tout déconfit,il se voyait bien en veuf,il l'avait dit à toutes leurs connaissances qui,inquiètes appelaient au service pour savoir si c'était bientôt la fin ou déjà fini.
tout ce que l'hôpital a pu faire,c'est mettre en place des aides à domicile,une visite tous les jours pour cette petite dame à l'environnement familial limite.
histoire de veiller sur elle,de lui donner une bouffée d'air venu de l'extérieur,en espérant que cela suffise à prévenir une certaine maltraitance familiale latente ou réelle.
27 mars 2009
week-end de printemps (bis)
dimanche
le service s'est bien rempli depuis la veille.
j'ai pas mal de soins techniques à faire,ce qui n'est pas pour me déplaire,mais j'ai intérêt à carburer si je veux pouvoir tout boucler.
Ensuite,pendant que je distribue les médicaments du soir,les "permissions" reviennent l'une derrière l'autre:
-la 1ère,une femme de 42 ans qui a un érythème noueux en cours de bilan, arrive en traînant les pieds.
son week-end s'est passé dans l'angoisse de l'avenir,de ce que les médecins vont lui annoncer,de son travail...
angoisse aussi d'avoir dû gérer l'angoisse de ses proches,elle qui n'était jamais malade...
-la 2ème,une femme de 44 ans,qui est là pour douleurs multiples cachant un syndrome anxio-dépressif,revient les traits tirés,le regard fuyant.
son week-end s'est passé dans l'angoisse la plus extrême,impression de tête vide,de vie dans le mur,d'impasse sans issue....tout en ayant à gérer les reproches plus ou moins muets de sa famille:
il n'est pas facile à une femme maghrébine,mère de 4 enfants,de dire que son mariage est un désastre,et de dire combien elle en souffre.
-la 3ème,une femme de 46 ans,toxicomane,éthylique,revient comme je l'avais prévu,d'un "bon" pas.
son élocution pâteuse,sa démarche un peu incertaine,ses paroles parsemées de jurons fleuris lancées d'une voix forte,tout ceci m'indique de façon objective que Madame est bourrée.
et en plus,elle ramène des copains de bouteille qu'il me faut surveiller,cadrer et faire partir,à leur grande stupeur...
Et,dans ce bruit de fond,mélange de voix (et mes médicaments,y z'arrivent ??......mais oui,l'infirmière,elle arrive!!) et de sonorités télévisuelles ("du bour-sin,sinon ri-en").....un visage.
elle est couchée dans son lit,le drap remonté jusqu'au menton comme une poupée.
elle me sourit mais ses yeux sont si tristes qu'ils accrochent mon regard.
alors je lui caresse la main doucement.
je suis un peu pressée,un peu en retard,je pense déjà à ce que je dois encore faire d'ici l'arrivée de l'équipe de nuit,je suis sûrement passée en coup de vent déjà tout à l'heure,mais j'ai trop de choses à faire,je ne peux vraiment pas m'arrêter...
mais je lui caresse la main,comme pour me faire pardonner.
elle me montre alors ses doigts bizarrement fripés,"comme s'ils avaient trempé dans l'eau,alors que c'est pas le cas".
je prends sa main,petite et froide,ses ongles ont la courbure typique des pathologies respiratoires,les fameux doigts d'Hippocrate.
c'est qu'elle a un cancer pulmonaire,chimio-résistant en plus.
c'est qu'elle n'a que 48 ans.
je la regarde et voilà que de grosses larmes rondes s'échappent de ses yeux pour rouler sur l'oreiller.
alors je m'asseois sur le bord du lit.
le bruit de fond du service se met en sourdine,et j'écoute enfin.
elle me dit qu'elle va mourir,elle qui aimait tant la vie.
et elle pleure sans bruit.
je ne lui dis pas non,je ne lui dis pas oui,je lui essuie les larmes,son visage se blottit un instant dans ma main,visage si amaigri qu'il y tient presque entier.
ça faisait longtemps que cela ne m'était pas arrivé,ce genre de confidence.
j'ai retrouvé les mots que j'employais,avant,et tout doucement ils sont sortis.
j'ai essayé de l'apaiser,avec le peu de temps dont je disposais.
et puis j'ai dû me lever,le bruit de fond a retrouvé de la vigueur,on m'attendait avec force cris et récriminations ("mais qu'est-ce qu'elle fiche l'infirmière ??...et mes médicaments alors ??")
je me suis ébrouée comme un vieux cheval en sortant de la chambre.
et je me suis demandée ce que je faisais là, dans ce service bruyant de médecine fourre-tout.
finalement travailler en soins palliatifs me manque.
vraiment.
23 mars 2009
week-end de printemps
j'étais d'après-midi ce week-end.
samedi
entre 3 départs en permission et 6 lits inoccupés,il ne me reste pas grand monde à m'occuper.
à croire que le beau temps éloigne les gens des Urgences,calme plat sur tout l'hôpital.
les patients qui sont présents se portent tous pas mal du tout,entourés de visites,les sourires fleurent sur les visages.
je suis avec 2 AS,2 jeunes poulettes un peu délurées,notre tour et nos soins se font rapidement et dans une bien bonne humeur qui dérident même les plus récalcitrants.
ensuite,on se fait une pause,histoire de se reposer...
il y a des journées comme ça,le week-end à l'hôpital,où tout semble suspendu,pas de malade très malade,pas de médecin,pas de surveillante/cadre,pas d'élèves,pas de téléphone......temps rare et béni.
à la pause donc,on jacasse comme dans un poulailler:c'est très intéressant les cancans de l'hôpital.
la vie sentimentale passablement agitée du Tigre est notamment passée à la moulinette.
c'est mieux qu'à la télé,je ris beaucoup,je l'avoue,mes collègues ont cet humour imagé à la Arletty,c'est irrésistible.
ah,un peu de travail qui s'annonce,une entrée qui arrive.
il s'agit d'un homme de 40 ans qui vient pour une pneumopathie.
le brancardier qui nous l'amène est un peu "benêt",et là en l'occurence,il vient nous chuchoter un scoop qui le fait presque trembler:
-tu t'rends compte,le monsieur que j't'amène,il a 7 gosses et le 8ème est en route!! c'est un catho de chez catho!!
et il répète sans arrêt "oh là là,7 gosses bientôt 8...!!" en secouant la tête et les mains.
une vraie litanie.
comme quoi,les patients ne s'en rendent pas compte,mais ils peuvent occasionner des chocs nerveux chez les soignants.
on rit encore beaucoup après le départ du brancardier en état de choc,"il est quand même grave cui-là...!"
et mes 2 AS curieuses comme des pies me rapportent qu'effectivement le patient a le chapelet et le missel sur sa table de nuit.
bel homme (en plus!..),ses convictions affichées les laissent un peu perplexes,ce n'est pas un "vieux" ni un "musulman" ni un "moche"....."trop bizarre..!"
je parle avec ce patient "atypique" et c'est vrai que j'ai rarement rencontré quelqu'un si plein de certitudes et de convictions.....plus que ses convictions religieuses,c'est ses certitudes sur la vie qui m'interpellent:
une vie toute droite,sans accident,sans incident,sans remise en question....apparamment ça existe encore à notre époque.
mentalement,je lui souhaite de continuer toujours comme cela,avec une vie comme un long fleuve tranquille.
mentalement,je lui souhaite de ne jamais être très malade.
il me dit à propos de son hospitalisation actuelle,qu'il a appelé les pompiers parce que son diaphragme s'était paralysé,qu'il n'arrivait plus à respirer,et qu'il a perdu conscience à l'arrivée des secours.
un malaise vagal en somme,il est drôlement anxieux.
il me dit ensuite qu'il est asthmatique,qu'il a toujours avec lui un inhalateur au cas où,mais qu'il en prend chaque jour par précaution.
je regarde l'inhalateur:il s'agit d'un traitement de fond,pas vraiment indiqué pour une vraie crise d'asthme aigüe.
il me dit ensuite que ses 7 enfants sont tous asthmatiques,comme lui,normal,ça vient de lui.
quand je lui fais remarquer que l'asthme n'est pas héréditaire,il me répond "mais je suis leur père!"
il me fait penser à un chêne centenaire,aux racines plongées profondément dans des convictions solides,aux branches se déployant avec orgueil sur la vie,et qui,au premier orage d'envergure,se trouvera terrassé,brisé en deux par la foudre.
puisse-t'il échapper toujours à l'orage.
