29 août 2008
à propos des soignants
un petit message pour donner signe de vie!
donc bientôt c'est le grand changement.
j'ai quitté mon ancien hôpital sans regret à part celui de mes collègues qui m'ont écrit une bien jolie carte d'adieux et offert un bien joli cadeau souvenir.
promis,je leur donnerai de mes nouvelles,bien que je sache pertinemment qu'avec le temps,je serai oubliée de presque tous.
ainsi va la vie professionnelle!
je viens de tomber sur un site très intéressant sur la souffrance du soignant.
il y a des tests pour évaluer son "burn-out" (épuisement professionnel)
je l'ai fait:
alors burn-out moyen pour l'épuisement émotionnel,plus dû à un problème de repos physique apparamment.
quant à la dépersonnalisation,j'ai un niveau faible
et mon accomplissement personnel est encore haut.
hum-hum...ou....ouf-ouf..?
finalement,c'est assez révélateur comme résultats.
ce qui m'a un peu surpris,c'est la large place donnée au burn-out des médecins (notamment sur le forum,il y a quelques témoignages édifiants).
bien sûr,c'est l'objectif de ce site,même si les tests sont valables pour tout soignant.
quelques chiffres:
Concernant les médecins libéraux :
- 14 % des causes de décès des médecins libéraux en activité sont le suicide (enquête du CNOM, 2003),
- 38 % des causes d’invalidité chez les médecins sont liées à des affections psychiatriques (CARMF, 2005),
- 47 % des médecins libéraux présentent les symptômes du syndrome d’épuisement professionnel ou burn-out (enquêtes URML Bourgogne 2001, Poitou-Charente 2003 et Champagne-Ardenne 2004),
- 53 % des médecins libéraux se sentent menacés par le burn-out (enquête URML IDF, juin 2007),
- 96 % des médecins évoquent la paperasserie comme première cause de l’épuisement professionnel (enquête URML IDF, juin 2007)
et ça,je ne l'aurais jamais cru.....
car le burn-out chez les infirmier(e)s,je connais,mais chez les médecins,pas du tout (jamais vu...quoique,à la réflexion,je me demande si....)
alors....sujet tabou ?
l'adresse du site: http://www.souffrancedusoignant.fr/
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05 avril 2008
Les élèves étudiants
j'aime bien les élèves-infirmièr(e)s.
on les appelle maintenant étudiants en soins infirmiers (ESI).
mais je n'arrive pas à les appeler étudiant(e)s...pas moyen de m'y faire,c'est toujours le mot "élève" qui me vient aux lèvres pour les désigner.
ce n'est pas par esprit péjoratif,ou par esprit de domination,non,non,mais parce que je pense que cela colle mieux à la réalité.
parce que malgré toutes les notions théoriques à assimiler,qui sont importantes bien sûr,le métier d'infirmièr(e) avec toute sa pratique et toute son âme est d'abord un apprentissage et un compagnonnage.
car,si on apprend par une certaine théorie à devenir un(e) infirmièr(e),on apprend d'abord en regardant les autres professionnel(le)s plus expérimenté(e)s.
ma vision des choses est peut-être réactionnaire,mais j'y tiens,après tout ce sont bien des Compagnons qui ont bâti les cathédrales.
en plus,j'aime prononcer le mot "élève":
il y a là une notion de "faire grandir": ah! le plaisir de voir un(e) néophyte réussir un geste technique ou progresser dans son comportement et dans sa réflexion personnelle.
il y a aussi une notion "d'élévation"...il faut que l'infirmière reste à la hauteur pour pouvoir transmettre correctement à des élèves....ce qui implique une certaine exigence pour donner l'exemple.
en cela,elle est aidée par la fraîcheur du questionnement de ces élèves qui combat efficacement la routine blasée guettant toute infirmière et qui la remet en question parfois.
Alors parfois j'ai des élèves avec moi pour quelques semaines pour leur stage de nuit.
j'ai de la chance,à chaque fois c'était de chouettes élèves.
certaines étaient plus douées que d'autres,plus rapides,plus sûres d'elle dans leurs gestes,d'autres plus lentes,plus dans la lune,plus sujettes à la panique....mais toutes se sont révélées meilleures à la fin de leur stage.
alors évidemment,je peux me leurrer en me disant que j'ai contribué à les améliorer,si ça se trouve,une fois le stage terminé,elles m'ont trouvée à côté de la plaque...qui peut savoir?
c'est vrai que parfois c'est pesant le regard continuel d'un(e) élève sur soi:elle repère le moindre manquement aux règles qu'elle a apprise,le moindre écart de langage,la moindre expression,la moindre attitude...
une vraie paparazzi,parfois même un juge implacable...
c'est aussi parfois pesant la lenteur avec laquelle elle exécute certains actes,non pas parce qu'elle me prend du temps,mais parce qu'elle réduit le temps suivant consacré à autre chose;
c'est pesant mais je maîtrise mon mouvement d'irritation,la notion du temps est aussi une notion à acquérir en stage,et finalement le temps "d'élève" sera le seul temps où elle aura du temps....
après,une fois diplômé(e),ce sera beaucoup plus difficile,les patients en charge à s'occuper se seront multipliés comme des petits pains,les demandes "doctorales" aussi,et le téléphone sera devenu un tourmenteur de 1ère classe.
maintenant que m'apportent ces élèves à moi?
d'abord beaucoup de fraîcheur et de candeur...un vrai bain de jouvence.
ensuite,une présence...je m'habitue vite à avoir une "ombre" derrière moi qui se révèle en fait très vite une aide précieuse qui apportera au patient le petit "plus" que je n'arrive pas à lui donner,faute de temps.
cela ne veut pas dire que je me décharge sur l'élève:c'est toujours à la hauteur de ses capacités et de sa volonté aussi.
si elle (il) n'a pas envie de faire ça,pas de problème pour moi.
et enfin,l'élève me permet de bavarder,quoiqu'elle bavarde souvent plus que moi!..de vraies pipelettes,et les garçons ne sont pas en reste.
enfin bref,j'essaie de mettre à l'aise ces élèves pour qu'elles aiment leur futur profession.
en retour,j'ai eu droit à des moments mémorables.
d'abord,elles(ils) m'ont tous fait rire par leurs blagues,leurs aventures d'élève,leurs profs,leur vie quotidienne....
ensuite elles(ils) m'ont fait des cadeaux,instants précieux:
-une élève d'origine Indoue m'a carrément ramené un repas indien,repas aussi délicieux qu'elle l'était,elle.
-une autre m'a fait une démonstration de danse du ventre du tonnerre avec une alèze et son portable qui faisait la musique.
-un garçon lui,a ramené son ordinateur portable pour me montrer ses vidéos le montrant jouer de la musique dans des mariages.
-une fille m'a carrément dédicacé son mémoire (Travail de fin d'études) paraît-il que je l'avais inspirée pour le sujet,elle a imprimé tout son travail,me l'a ramené pour que je le lise et en fasse la critique,l'a réimprimé définitivement pour me l'offrir...j'en suis restée baba et un peu émue quand même.
et en plus,elle a eu une bonne note!
...etc...
décidemment,j'aime bien les élèves-infirmièr(e)s
mais quand je vois les têtes de celles de jour,au moment des transmissions,juste avant de partir,tête oscillant entre l'indifférence,le martyr et l'ennui,
quand je lis des blogs d'élèves,(oups!) d'ESI,qui donnent une image consternante d'infirmièr(e)s,
j'aimerais leur dire...hey,futures collègues,gardez la foi dans le métier et les gens,ne mettez-pas tout le monde dans le même panier!
26 janvier 2008
officiel et officieux
l'autre jour à l'hôpital,je suis tombée sur une proposition de formation dont le contenu est à peu près "la loi,droits,responsabilité juridique etc..."
cela s'adressait aux infirmières et aux aides-soignantes.
tiens,tiens,que je me suis dit,si ce n'est pas un appel du pied ça...
c'est vrai quoi,l'encadrement para-médical a une drôle de notion des règles par rapport aux aides-soignantes.
quand c'est en journée,l'AS n'a plus le droit de rien faire du tout pour aider l'infirmière: les petites choses qu'un(e) élève fait dès la 1ère année,rien de rien,elle ne doit même plus y songer.
pas même un dextro,ni une pose d'aérosol,encore moins une prise de tension ou de température.
les anciennes le vivent mal:il n'y a pas 10 ans,elles faisaient toutes ces choses-là,et bien plus encore parfois.
alors évidemment maintenant,c'est difficile de renoncer à cette image professionnelle "d'aide" pour n'être plus que des bras,souvent utilisés pour le ménage en plus.
les feignantes,elles,se réjouissent un peu plus:"je-n'ai-pas-le-droit-de-faire-ça" est un superbe paravent,et pendant que l'infirmière court partout,elles sont planquées quelque part.
les consciencieuses bravent l'interdit et aident l'infirmière en douce,sauf si l'oeil du cadre les foudroie sur place et les envoient nettoyer un truc (il y a toujours quelque chose à nettoyer de toute façon)
mais quand c'est la nuit...
l'encadrement admet officieusement que l'AS doit dépasser son rôle pour aider l'infirmière:à seulement 2 pour 25 patients,c'est un peu difficile de se colleter au réglement.
normalement,ça ne va pas très loin,c'est encore bien limité;
par exemple,dans mon service,l'AS pose des aérosols (les produits sont prêts à l'emploi,il n'y a plus qu'à les verser dans le récipient),fait des dextros,prend des tensions avec un dynamap,prend des températures et des saturations....tout ceci est pris à l'aide d'appareils fiables...ce n'est pas sorcier.
mais parfois,cela va plus loin.
quand il manque une infirmière dans un service,on y met une aide-soignante à la place et on charge une autre infirmière d'un autre service de venir faire les soins infirmiers.
celle-ci bien souvent débordée donne la consigne "s'il y a un problème,je viens"....c'est tacitement toléré.
et c'est comme ça que l'on voit une aide-soignante lambda se retrouver avec un "super" pouvoir : jouer à l'infirmière.
je dis sciemment "jouer",car s'il y a le moindre problème...ce n'est pas elle qui sera mise en cause,mais l'infirmière de l'autre service pas présente.
et va 'zy que je prépare les perfusions,que je les pose,que je fasse les injections...c'est trop facile dis-donc.
et c'est comme ça que je peux me retrouver avec une aide-soignante qui ne sait plus où est sa place et qui vient me dire "je sais faire, moi !!"
quand on "joue" sans notion de responsabilité et de mise en cause,c'est là que ça monte à la tête:.ah le pouvoir...
et après,on peut rêver de jouer au médecin...?...pourquoi pas..?.
la nuit,tous les chats sont gris...(?)...et on arrive à vivre des situations difficiles entre collègues comme celle que j'ai relaté il y a quelque temps.
bien sûr,je ne parle pas des cas d'urgence vitale,où là,tout le monde doit aider.
non,non,il s'agit de ces situations ordinaires et ambigües qui existent en établissement hospitalier,faute de personnel.
l'aide-soignante est vraiment une aide précieuse pour l'infirmière,son rôle est essentiel.
il est bien dommage que des situations bancales viennent à en ternir l'image en créant des tensions aussi inutiles que pénibles.
tiens,je vais regarder de plus près cette formation...
nul n'est sensé ignorer la loi...paraît-il.
22 janvier 2008
il y a toujours pire
je me suis plaint il y a peu de temps d'une de mes collègues,une aide-soignante;
bien sûr,elle a encore sévi...son ton sec et ironique a encore fait verser des larmes chez de petites grands-mères;
mais j'ai établi maintenant que cela se passait plus souvent quand madame avait ses ragnagnas + des bouffées de chaleur,ce qui,en cette période de pré-ménopause,lui arrive encore assez souvent mais pas toujours (ce qui me donne du répit tout de même)
oui mais voilà,j'ai eu pire: une enragée.
c'était quelqu'un en remplacement,une AS passée depuis peu de nuit,qui avait fait 20 ans de réa.
la 1ère chose qu'elle me dit: "je sais masser"
je réponds "ah...c'est bien"...tout en pensant qu'il y avait peu de chance comme au loto,que cela lui arrive ici,vu qu'en l'absence de machine qui bipe,les arrêts cardiaques-s'ils arrivent- ont le temps de s'arrêter et même de refroidir...à moins que cela se passe sous nos yeux,ce qui est d'une rareté très souvent très rare.
une femme à la quarantaine finissante,encore très jolie,à la voix de fumeuse très rauque, mais pleine de violence contenue.
et va z'y que je critique tout le service,les locaux,le matériel...le portable à la main,elle s'est mis à photographier tout ce qui était dérangeant:
les poubelles pleines et dégorgeantes,les bassins pleins de pipi oubliés devant le lave-bassin par terre,les plats idem oubliés dans les chambres (mais pas par terre)....bref,que du banal dans ce service,où parfois c'est vraiment le super bazar
-"qu'est-ce que c'est ça ???....mais c'est le Bronx ici !!!"
voilà ce qu'elle disait,en rajoutant: "demain,je vais à la direction montrer tout ça!!!"
son portable-appareil photo avait beau être super high-tech,(on voyait nettement le papier toilettes made in hôpital surnageant sur du beau pipi jaune),je me disais que la direction lui rirait au nez en lui disant que cela pouvait être elle qui avait monté tout ça...
alors je me taisais et la laissais dire:qu'elle déverse sa bile sur ça et pas sur moi,j'ai déjà mal à la tête.
ce genre de personne qui braille beaucoup,brasse beaucoup de vent aussi:du coup,j'ai dû faire le boulot que normalement ma collègue fait,ce qui m'a mis en retard pour le mien.
mais après elle s'est planté à côté de moi en disant:
-"en réa,je faisais les perfs (et les piqûres,et les prise de sang et .....),je vois que tu es en retard (!)je vais t'aider (dit sur un ton royal)
que faire ?
le problème de la nuit,c'est qu'on vous balance quelqu'un pour 10h30 sans se soucier si le tandem est sécurisant pour les 25 malades:c'est l'infirmière,responsable de tout,même si elle a un boulet incendiaire au pied.
concernant cette fille à problèmes,procédurière au possible (elle m'a conté ses exploits) un dilemme s'imposait:
si je lui disais non,elle devenait un électron libre:elle se planquerait quelque part (pour fumer...je dois aller dehors?),serait même capable de me nuire sciemment.
si je lui disait oui,sa vanité en serait flattée,et comme le corbeau dans la fable,tout vaniteux vit aux dépens de celui qui le flatte.
devant l'imprévisibilité d'une personne ne sachant pas où était sa juste place,agressive,devant la nuit qui m'attendait et celle d'après,devant l'indifférence du cadre ("elle vient de réa quand même!!"),j'ai lâchement biaisé.
je lui ai donné à préparer un antibiotique facile à préparer;
je me suis dépêchée de faire les autres,comme j'ai acquis une certaine rapidité,j'ai eu fini avant elle.
elle a fait quelques piqûres sous-cutanées (niveau 1ère année d'élève) pendant que je courrais faire les injectables.
bref,elle a fait 10 % de mon travail,pendant que je stressais à 90% sans le montrer.
elle était contente,je suis remontée dans son estime
et moi j'ai baissé dans la mienne.
c'est vrai quoi,j'aurais dû faire ou être....
les psys,je les sens à des kilomètres,et je m'en méfie beaucoup,et j'essaie de les éviter,je les fuis.
mais là,devant cette cohabitation,j'ai fui dans la lâcheté diplomatique.
et je l'ai fait parler d'elle,pour qu'elle se détende et bosse un peu quand même....ce qu'elle a fini par faire.
parmi les sujets abordés:
-les procès intentés contre son ex-mari et son ex-chef mais à nouveau futur chef de la réa (c'est pour ça qu'elle en était partie)
-les conflits avec des ex-collègues (qui sont vraiment tordus,pas comme elle)
-son opinion de "raciste intelligente" (sic)
-son allergie à un composant de la blouse classique du personnel soignant,ce qui fait qu'elle a eu l'autorisation spéciale (du directeur of course) de porter en toutes circonstances la tenue seyante des personnes du bloc ou de la réa (tunique-pantalon d'un beau bleu)...sûr,c'est mieux que le blanc
-l'amour du bleu a fait qu'elle ne pouvait travailler sans gants bleus (gants en vinyl pour ceux qui sont allergiques au latex),
j'ai vite couru à la réserve pour lui trouver une boîte,sinon elle ne touchait pas les malades.
-sa beauté personnelle ("à 20 ans j'étais à tomber..."),son succès auprès des hommes,notamment des médecins:"t'as vu,l'interne n'en a que pour moi..."
évidemment,ce cornichon ébloui par sa blondeur,(il l'a dragué comme un collégien),l'a prise pour l'infirmière,j'ai laissé dire...comme quoi,l'habit fait vraiment le moine...
à un moment,elle a fini par me désigner comme l'inf' et lui,interdit qui me dit "ah bon ??...mais je croyais que c'était l'autre..." (soi-dit en passant,blondeur ou pas,habit bleu ou pas,la fonction aide-soignante a dû lui sembler plus que déméritoire,puiqu'il s'est aussitôt désintéressé d'elle)
je lui ai répondu "ça doit être une question de couleur sans doute..."
il n'a pas compris.
du côté des malades,sa voix rauque et autoritaire faisait un de ces effets:ils lui jettaient de ces regards (craintifs),oui madame,non madame...un vrai sergent-major.
il y en a un qui a semblé hermétique à son charme vénéneux:un peu dément,il vadrouillait dans le couloir et il l'a traité de connasse,ce à quoi elle a répliqué par un tonitruant "allez vous faire voir !!":à 4 heures du matin,c'est d'un mélodieux...
sûr qu'en réa,les malades causent moins et sont plus obéissants.
la 2ème nuit,j'ai eu droit à un peu plus de coopération,plus de souplesse
quoique,à son arrivée,elle avait incendié l'infirmière de jour (pour l'histoire des bassins pleins de pipi),qui est venue me chuchoter (elle en avait peur) :"elle est avec toi cette cinglée? comme je te plains!!!"
j'ai continué à la faire causer dans la nuit,histoire de la détendre toujours.
j'ai appris que son fils unique,père de famille,avait fait son coming-out,et que maintenant elle s'était habituée à le voir avec un copain....mais que bon,ça la faisait encore souffrir.
j'ai appris que sa mère était Alzheimer et que ça causait beaucoup de problèmes pour la gérer,surtout qu'elle n'arrêtait pas d'évoquer quelque chose,un secret de famille....
alors,elle m'a parlé de son père.
elle m'a raconté que son père faisait partie de la Gestapo (oui,oui,j'ai eu droit à des détails cohérents),et comment son passé (qu'il ne reniait pas et que tout le bourg connaissait),avait pesé lourd sur son enfance:secret lourd dont elle n'a eu réellement connaissance que vers ses 11 ans.
elle s'était donc construite entre ce père difficile à vivre (qui l'élevait à la dure),le regard des autres,l'ostracisme des gens,une mère dépressive,des frères rendus fragiles par le "secret"..
cela m'a enfin éclairée sur sa façon d'être.
j'ai compris....mais j'ai souhaité ardemment qu'elle ne revienne plus jamais:trop fatigant,vraiment trop.
24 mai 2007
les collègues (I)
qui dit hôpital dit travail d'équipe....enfin,normalement.
qui dit équipe,dit collègues.....logiquement.
qui dit collègues,dit portraits...
il y a la collègue sympa,bosseuse,de bonne humeur en arrivant,de bonne humeur en partant....spécimen plutôt rare,mais je l'ai rencontrée
et il y a les autres,et parmi eux,quelques cas.......d'où quelques portraits
je vais inaugurer avec un gars,un aide-soignant
il est là en remplacement pour quelques nuits
il arrive en retard et en traînant les pieds,il n'aime pas le service,il n'aime pas les infs' (infirmières),il n'aime pas trop travailler,mais il faut bien gagner sa croûte,n'est-ce-pas.
à un moment donné,il me dit:
-il faut que j'aille voir mes chiens
-tes chiens??....à la maison?
-mais non,mes chiens,dans la voiture
-tu as des chiens dans ta voiture? (je fais un peu bécasse,mais je me demande s'il n'invente pas tout ça,c'est vrai quoi,il est 2 heures du matin)
-ben,oui,j'ai ma ci-bi,je tiens pas à ce qu'on me la vole,tu sais pas combien ça coûte,une fortune
-alors tes chiens...mais c'est quoi comme chiens?
-oh,2 bull-mastifs,des gros mâles,en plus ils ont tendance à gueuler chez moi quand je suis au boulot,alors tu comprends,je fais une pierre deux coups,mais là,il faut que j'aille les faire pisser,je tiens à ma bagnole moi
-c'est quoi ta voiture?.....une fiat punto?....avec 2 molosses dedans?......tu les cases où tes chiens?????
-oh,mais faut pas croire,c'est plus grand que ça en a l'air,bon,mais là il faut que j'aille voir,tu comprends?
-bon,ben vas-y,mais dépêche-toi,10 minutes maxi,tu sais bien que je ne dois pas rester seule dans ce service,s'il arrive quelque chose,je ne suis pas dans la m....si tu n'es pas là.
10 minutes après,il est revenu,tout guilleret et bien disposé à mon égard puisque je n'ai pas fait de scandale à propos de ses chiens,sa façon de travailler change du tout au tout,il est charmant.
la nuit suivante,devant sa tête,je décide de creuser le filon,et je le branche sur ses chiens,et son humeur s'embellit aussitôt.
après avoir eu tous les détails possibles et inimaginables sur l'élevage,les qualités et défauts de la bête,je dis
-quel travail quand même ces 2 chiens
-ah,mais je n'ai pas que ces 2 chiens,j'en ai 2 autres,des femelles pareilles,je compte bien faire des petits à leurs prochaines chaleurs
-4 gros chiens??....ça prend de la place dis-donc
-oh,mais ils sont dehors,dans des grands cages,tu pense bien!....par contre,le saint-bernard,il couche à la maison
-tu as un saint-bernard en plus?....mazette!
-j'ai aussi 3 chats,des poissons rouges,des piafs,un furet et un boa
-un boa?..
-ben,oui,un boa dans un terrarium,elle s'appelle Annabelle,je l'adore,c'est ma petite chérie
-et ça mange quoi,un boa (question à mille francs)....ah,des rats....c'est tes chats qui les attrappent ? (question stupide)
-mais non....je croyais que t'étais plus intelligente!....(moi aussi du coup).....elle mange des rats congelés
-et tu les mets où...
-dans le congélo,késs-tu-crois......c'est sûr,il faut pas se gourrer quand on veut manger une pizza.....ha,ha....
(ha,ha..........tiens,je n'ai plus très faim tout à coup)
-elle doit être grande ta maison pour loger tout ce monde
-t'es folle,une maison,j'ai pas les moyens....non,j'habite un F3,en rez-de-chaussée,avec une petite cour derrière,avec ma copine et ses 4 gosses
-.......................................................
-t'en fais une tête,tu me crois pas?.....le ménage?....oui,ben quand on a le temps,parce que tu comprends......
au fait,c'est l'heure,je peux aller voir mes chiens?...parce que tu comprends....
