les saisons du vent

Vécu d'une infirmière hospitalière et autres histoires -- ' la vie est une bougie dans le vent ' (proverbe japonais)

19 mai 2009

anniversaire

CHIFFRE_2_PRINTEMPS

..... 2 ans que ce blog existe.....le temps passe.

merci à vous tous qui me lisez et qui patientez le temps que je mette en forme une histoire.

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18 mai 2009

la famille tuyau-de-poêle

quand elle est arrivée,c'était la nuit.
petite dame un peu frêle et très déshydratée,un peu désorientée et très fatiguée
au point d'être un peu en partance pour l'Autre-Côté.
alors elle est arrivée dans le service et on s'est mis à la soigner,
en attendant que le temps fasse son oeuvre,lui aussi.

classique.

et puis,dès le lendemain,on a fait connaissance avec sa famille.
et là..pas classique du tout.

d'abord,il y a le père.
petit bonhomme à la tête de farfadet,il aime se présenter en brandissant un doigt qui a la particularité d'être double;
2 ongles côte à côte sur la même phalange,c'est curieux,surtout quand il le pose sur votre bras.
car monsieur est du genre tactile et manifestement,les "'tites z'infirmières" ça le botte vraiment.
il nous déshabille du regard,de haut en bas,en disant d'un air gourmand "ho,les belles filles,ho k'elles sont belles..."
quand la fille est petite,il dit "ho,qu'elle est petite,il m'en faudrait 2 comme ça dans mon lit!"
quand la fille est grande,il dit "ho,qu'elle est grande,elle devrait faire du lancer de poids!"
il aime se promener dans le service,rentrer dans toutes les chambres,et regarder les patients:
quand c'est un "vieux",il dit "moi,je suis encore vert!"
quand c'est un moins vieux (40 ans par exemple),il dit "tiens! un nouveau-né!"
il s'est trouvé un copain,visiteur comme lui,qui vient voir sa "copine" de 97 ans en lui faisant des bécots et des chatouilles.
paraît-il.
c'est notre compère qui nous l'a affirmé en disant que lui,les voyait bien se faire des cochonneries.
et le copain de répondre:
"à nos âges,à défaut de tendre le bras,il nous reste la bouche,si vous voyez ce que je veux dire...!"
on voit.
cela n'a pu que séduire notre homme,et c'est ensemble qu'ils échangent des considérations aussi égrillardes qu'à la caserne de leurs 20 ans.
c'est un autre patient,un "nouveau-né" qui me l'a dit,un peu gêné..."vous savez...c'est deux-là,ils n'arrêtent pas de parler sur vous,c'est du lourd..."
on n'en doute pas.
d'ailleurs,nous sommes toutes éberluées par ces phénomènes,et en tant qu'éléments féminins,nous concluons doctemment que décidemment,chez les hommes,"ça" les travaille jusque dans la tombe.

l'apothéose est arrivé un dimanche quand il dit à une jeune aide-soignante: "ho,toi,t'as des yeux de cochonne !!!"
bon,c'est vrai qu'elle était allée en boîte toute la nuit et qu'elle avait peu dormi.
elle en a été horriblement vexée d'ailleurs...
surtout quand ses collègues lui ont dit "ho! toi,il t'a reconnue!!"
ce à quoi,elle a répondu par une bassine d'eau froide jetée à la volée,sur le dos de ces collègues ricanantes,ce qui a dégénéré en une bataille d'eau en règle.
heureusement que c'était dimanche.
il a plu du plafond ce jour-là.
une façon de laver l'impression de sale.

ensuite il y a le fils et la fille.
tous deux adultes,mais tous deux un peu simplets.
la fille reste assise sur la chaise devant sa mère,sans parler,le regard un peu égaré:une fois assise,elle ne se lève plus.
si on a besoin de passer entre le lit et la chaise,on doit bouger le lit,la fille refusant de bouger de sa chaise.
elle ne dit pas un mot jusqu'au signal de départ du père.
mais au moins elle n'a pas l'air violent.
car le fils est plus perturbé:quand il arrive,il se met assis sur le lit et dévisage sa mère tout le temps de la visite.
quand on le fait sortir pour les soins,il devient très nerveux et se met à marmonner dans sa barbe;
on se chuchote qu'il est un peu fou/parano:
une fois,il a pris pour cible une infirmière,peut-être ressemblait-elle à quelqu'un qu'il n'aimait pas
quoiqu'il en soit,il s'est mis à vociférer des mots sans suite en agitant le poing,
au point -c'est le cas de le dire- qu'elle a dû se réfugier dans une autre chambre en lui claquant la porte au nez.
la cadre ayant voulu intervenir a vite battu en retraite devant les cris qu'il s'est mis à lancer
- "toi,tu vas parler comme moi,toi tu bouges pas les lèvres et tu parles sur moi..???.toi,tu me laisses tranquille!!"

évidemment,nous avons toutes ri sous cape devant la mine de notre cadre qui a décrété que comme c'était un fou,on ne devait rien dire,et plus vite on s'en débarrassera,mieux ça sera.
elle qui disait qu'on exagérait avec cette famille et qu'on faisait des jugements de valeur indignes de soignants.

apparté:
pour ma part,j'ai trouvé qu'il avait raison:la cadre parle pratiquement sans bouger les lèvres,ce qui lui donne un air de petite grenouille
j'ai donc trouvé l'identité définitive de la cadre du service: Reinette la Grenouille
c'est ainsi que je la désignerai dorénavant.
la vérité sort de la bouche des simplets.

il y a une 3ème fille qui habite à l'étranger et qui téléphone en disant que sa famille est complètement folle,
que c'est pour ça qu'elle les a fui,et aussi que son père est maltraitant avec sa mère.
quand on lui propose de parler à sa mère au téléphone,elle accepte mais c'est à un perroquet que parle la mère;
le perroquet de la fille,si vous suivez bien.
parce qu'il paraît que la mère adore causer au perroquet de sa fille.
c'est la fille qui le dit.

et puis il y a la mère.
petite dame frêle hospitalisée pour déshydratation sur vomissements.
son mari a clamé son dégoût de la chose "vous vous rendez-compte,je dois la démerder 3 fois la nuit!!"
elle,elle se sent bien avec nous,elle ne veut plus rentrer chez elle.
nous,on la dorlote.
c'est pour elle que nous supportons les remarques et coups d'oeil égrillards du mari.
c'est pour elle et non pour ses 80 ans à lui qu'on se retient de dire les mots qui nous démangent.
c'est pour elle qu'on ne fait pas de vague.
50 ans qu'elle le supporte.
alors nous pouvons le supporter quelques 3 heures par jour.

un jour où elle devait boire une préparation en vue d'une coloscopie,nous lui avons apporté un litre de cette boisson un peu salée qui a pour effet de nettoyer les intestins,et de provoquer une diarrhée en somme.
pour lui faire passer le goût,on y avait rajouté du sirop de grenadine, et si à 13h30 la bouteille bien rouge et bien pleine se trouvait sur sa table de nuit,à 16h elle était vide.
agréablement surprise,l'infirmière lui demande:
-c'est bien madame,vous avez tout bu...
devant le sourire en coin de la dame,un doute saisit ma collègue:
-c'est bien vous qui avait bu la boisson?
-mmmmmhhhh
alors le mari:
-elle était bonne cette grenadine! pourquoi ?
qui a dit que la vengeance est un plat qui se mange froid?
on en ri encore.

enfin un jour,elle est rentrée chez elle.
son mari en était tout déconfit,il se voyait bien en veuf,il l'avait dit à toutes leurs connaissances qui,inquiètes appelaient au service pour savoir si c'était bientôt la fin ou déjà fini.
tout ce que l'hôpital a pu faire,c'est mettre en place des aides à domicile,une visite tous les jours pour cette petite dame à l'environnement familial limite.

histoire de veiller sur elle,de lui donner une bouffée d'air venu de l'extérieur,en espérant que cela suffise à prévenir une certaine maltraitance familiale latente ou réelle.

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27 mars 2009

week-end de printemps (bis)

dimanche

le service s'est bien rempli depuis la veille.
j'ai pas mal de soins techniques à faire,ce qui n'est pas pour me déplaire,mais j'ai intérêt à carburer si je veux pouvoir tout boucler.

Ensuite,pendant que je distribue les médicaments du soir,les "permissions" reviennent l'une derrière l'autre:
-la 1ère,une femme de 42 ans qui a un érythème noueux en cours de bilan, arrive en traînant les pieds.
son week-end s'est passé dans l'angoisse de l'avenir,de ce que les médecins vont lui annoncer,de son travail...
angoisse aussi d'avoir dû gérer l'angoisse de ses proches,elle qui n'était jamais malade...

-la 2ème,une femme de 44 ans,qui est là pour douleurs multiples cachant un syndrome anxio-dépressif,revient les traits tirés,le regard fuyant.
son week-end s'est passé dans l'angoisse la plus extrême,impression de tête vide,de vie dans le mur,d'impasse sans issue....tout en ayant à gérer les reproches plus ou moins muets de sa famille:
il n'est pas facile à une femme maghrébine,mère de 4 enfants,de dire que son mariage est un désastre,et de dire combien elle en souffre.

-la 3ème,une femme de 46 ans,toxicomane,éthylique,revient comme je l'avais prévu,d'un "bon" pas.
son élocution pâteuse,sa démarche un peu incertaine,ses paroles parsemées de jurons fleuris lancées d'une voix forte,tout ceci m'indique de façon objective que Madame est bourrée.
et en plus,elle ramène des copains de bouteille qu'il me faut surveiller,cadrer et faire partir,à leur grande stupeur...

Et,dans ce bruit de fond,mélange de voix (et mes médicaments,y z'arrivent ??......mais oui,l'infirmière,elle arrive!!) et de sonorités télévisuelles ("du bour-sin,sinon ri-en").....un visage.

elle est couchée dans son lit,le drap remonté jusqu'au menton comme une poupée.
elle me sourit mais ses yeux sont si tristes qu'ils accrochent mon regard.
alors je lui caresse la main doucement.
je suis un peu pressée,un peu en retard,je pense déjà à ce que je dois encore faire d'ici l'arrivée de l'équipe de nuit,je suis sûrement passée en coup de vent déjà tout à l'heure,mais j'ai trop de choses à faire,je ne peux vraiment pas m'arrêter...
mais je lui caresse la main,comme pour me faire pardonner.

elle me montre alors ses doigts bizarrement fripés,"comme s'ils avaient trempé dans l'eau,alors que c'est pas le cas".
je prends sa main,petite et froide,ses ongles ont la courbure typique des pathologies respiratoires,les fameux doigts d'Hippocrate.
c'est qu'elle a un cancer pulmonaire,chimio-résistant en plus.
c'est qu'elle n'a que 48 ans.
je la regarde et voilà que de grosses larmes rondes s'échappent de ses yeux pour rouler sur l'oreiller.
alors je m'asseois sur le bord du lit.
le bruit de fond du service se met en sourdine,et j'écoute enfin.
elle me dit qu'elle va mourir,elle qui aimait tant la vie.
et elle pleure sans bruit.
je ne lui dis pas non,je ne lui dis pas oui,je lui essuie les larmes,son visage se blottit un instant dans ma main,visage si amaigri qu'il y tient presque entier.

ça faisait longtemps que cela ne m'était pas arrivé,ce genre de confidence.
j'ai retrouvé les mots que j'employais,avant,et tout doucement ils sont sortis.
j'ai essayé de l'apaiser,avec le peu de temps dont je disposais.

et puis j'ai dû me lever,le bruit de fond a retrouvé de la vigueur,on m'attendait avec force cris et récriminations ("mais qu'est-ce qu'elle fiche l'infirmière ??...et mes médicaments alors ??")

je me suis ébrouée comme un vieux cheval en sortant de la chambre.
et je me suis demandée ce que je faisais là, dans ce service bruyant de médecine fourre-tout.

finalement travailler en soins palliatifs me manque.
vraiment.

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23 mars 2009

week-end de printemps

j'étais d'après-midi ce week-end.

samedi
entre 3 départs en permission et 6 lits inoccupés,il ne me reste pas grand monde à m'occuper.
à croire que le beau temps éloigne les gens des Urgences,calme plat sur tout l'hôpital.
les patients qui sont présents se portent tous pas mal du tout,entourés de visites,les sourires fleurent sur les visages.

je suis avec 2 AS,2 jeunes poulettes un peu délurées,notre tour et nos soins se font rapidement et dans une bien bonne humeur qui dérident même les plus récalcitrants.

ensuite,on se fait une pause,histoire de se reposer...
il y a des journées comme ça,le week-end à l'hôpital,où tout semble suspendu,pas de malade très malade,pas de médecin,pas de surveillante/cadre,pas d'élèves,pas de téléphone......temps rare et béni.

à la pause donc,on jacasse comme dans un poulailler:c'est très intéressant les cancans de l'hôpital.
la vie sentimentale passablement agitée du Tigre est notamment passée à la moulinette.
c'est mieux qu'à la télé,je ris beaucoup,je l'avoue,mes collègues ont cet humour imagé à la Arletty,c'est irrésistible.

ah,un peu de travail qui s'annonce,une entrée qui arrive.
il s'agit d'un homme de 40 ans qui vient pour une pneumopathie.
le brancardier qui nous l'amène est un peu "benêt",et là en l'occurence,il vient nous chuchoter un scoop qui le fait presque trembler:
-tu t'rends compte,le monsieur que j't'amène,il a 7 gosses et le 8ème est en route!! c'est un catho de chez catho!!
et il répète sans arrêt "oh là là,7 gosses bientôt 8...!!" en secouant la tête et les mains.
une vraie litanie.
comme quoi,les patients ne s'en rendent pas compte,mais ils peuvent occasionner des chocs nerveux chez les soignants.

on rit encore beaucoup après le départ du brancardier en état de choc,"il est quand même grave cui-là...!"
et mes 2 AS curieuses comme des pies me rapportent qu'effectivement le patient a le chapelet et le missel sur sa table de nuit.
bel homme (en plus!..),ses convictions affichées les laissent un peu perplexes,ce n'est pas un "vieux" ni un "musulman" ni un "moche"....."trop bizarre..!"

je parle avec ce patient "atypique" et c'est vrai que j'ai rarement rencontré quelqu'un si plein de certitudes et de convictions.....plus que ses convictions religieuses,c'est ses certitudes sur la vie qui m'interpellent:
une vie toute droite,sans accident,sans incident,sans remise en question....apparamment ça existe encore à notre époque.
mentalement,je lui souhaite de continuer toujours comme cela,avec une vie comme un long fleuve tranquille.
mentalement,je lui souhaite de ne jamais être très malade.

il me dit à propos de son hospitalisation actuelle,qu'il a appelé les pompiers parce que son diaphragme s'était paralysé,qu'il n'arrivait plus à respirer,et qu'il a perdu conscience à l'arrivée des secours.
un malaise vagal en somme,il est drôlement anxieux.
il me dit ensuite qu'il est asthmatique,qu'il a toujours avec lui un inhalateur au cas où,mais qu'il en prend chaque jour par précaution.
je regarde l'inhalateur:il s'agit d'un traitement de fond,pas vraiment indiqué pour une vraie crise d'asthme aigüe.
il me dit ensuite que ses 7 enfants sont tous asthmatiques,comme lui,normal,ça vient de lui.
quand je lui fais remarquer que l'asthme n'est pas héréditaire,il me répond "mais je suis leur père!"

il me fait penser à un chêne centenaire,aux racines plongées profondément dans des convictions solides,aux branches se déployant avec orgueil sur la vie,et qui,au premier orage d'envergure,se trouvera terrassé,brisé en deux par la foudre.

puisse-t'il échapper toujours à l'orage.

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16 mars 2009

histoire d'eau de vie

un homme de 44 ans est arrivé dans mon service il y a quelques jours.
on l'a retrouvé dans son vomi dans une chambre d'hôtel,complètement ivre.
et aux urgences,on lui a trouvé une alcoolémie à 6g/l.

après 4 jours passés de traitement intensif pour éviter au maximum un Delirium Tremens,je le vois ce matin,calme bien que toujours tremblotant,avec son IPOd à la main.

il m'appelle un peu plus tard :
-je voudrais un élétro-encépaa-logramme..
-heu....et pourquoi faire ?
-j'arrive pu à taper vite sur mon Aïe-POde,ch'suis tout lent,c'est pas normal....j'dois avoir un truc au cerveau..!!
-mmhhhh.....

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05 mars 2009

je ris de me voir.....

l'autre soir,j'ai regardé l'émission consacrée à "l'Hôpital".

paraîtrait-il que les infirmières de l'hôpital passeraient en catégorie A,ce qui signifie dans le langage de la Fonction Publique,qu'elles auraient le statut de cadre...d'où une augmentation de salaire.

ha,ha,ha,ha,ha,ha,ha,ha,ha.

bizarrement,je suis sceptique.

paroles de service:

(la cadre):-bon,si les infirmières passent en catégorie A,moi,je m'installe dans mon bureau et je prends des cours de tricot.....et je tricote toute la journée !!

(les aides-soignantes):-et nous alors ??.. y'a pas de raison qu'y en ait que pour les inf' !!!

(un médecin):-de toute façon,les cadres ne servent à rien alors....

(un autre médecin):-mais si les infirmières sont augmentées,les médecins doivent l'être aussi...!

(les infirmières):-t'as vu,on va être augmentée,c'est génial..!...c'est pour quand ??

(d'autres infirmières): -je le croirais quand je le verrais sur ma fiche de paie..!

(et moi):-il est où l'argent pour cette augmentation ?..et les cadres,ils vont passer dans quelle catégorie...en catégorie Z ??...on ne mélange pas les torchons et les serviettes voyons...

faut dire qu'à l'hôpital,il n'y a pas que des infirmières (ah bon..?) et que s'il y a valorisation de leur salaire,eh bien tous les autres corps de métier voudront leur part du gâteau.

effet domino: où va-t'on trouver l'argent ?

voilà pourquoi je ris de me voir si belle dans ce miroir qu'est la télévision...
si jamais l'augmentation arrive,je vous ferais signe...
miroir,oh mon beau miroir.....

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27 février 2009

acte de présence


Clip officiel de Little-Dolls- INDOCHINE
envoyé par Chichi-san

paroles

Little Dolls

Si nous partions éclairés devant,
Avec une chance de rester vivant,
Laisse moi te suivre, laisse moi m’enfuir
Nous étions forts, nous étions grands
Est-ce que tu veux encore de moi ?
Est-ce qu’on s’aimera encore longtemps,
Quand on sera vieux ou bien morts ?
J’ai peur pour toi, j’ai peur de moi

J’attends mon âge,
Avec toi, et sauve moi encore
Aide moi, embrasse moi encore
À nouveau

On a changé le lit de place,
On l’a vidé avant que tu m’effaces
Je me rappelle de ton sommeil,
Je me rappelle de ton réveil
Maintenant qu’ils sont fauchés et tous morts
On ne parlera plus jamais à Dieu
J’attends mon âge, j’attends que tu m’embrasses
J’attends la vie, j’attends que tu m’…

Embrasse moi à nouveau et sauve moi encore
Aide moi, imagine moi encore
À nouveau

Combien de temps ? Combien de fois, tu pourras ?
Même si tu mens, tu seras, tu m’attendras…
Alors, à demain, encore,
Ça va…

J’attends mon âge,
Avec toi, et sauve moi encore
Aide moi, embrasse moi encore
À nouveau

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26 janvier 2009

Anti et Para-cétamol

une après-midi banale.

parmi mes patients,j'en ai un qui se tient bien assis dans son lit.
faisant moins que ses 70 ans,il a des yeux qui brillent dans un visage un peu rouge.
la faute à Dame Fièvre qui lui a collé un joyeux 40,3 °C,pneumopathie oblige.

sa feuille de température montre qu'il plafonne ainsi depuis son entrée;
sa feuille de traitement montre qu'aucun médicament ne lui a été prescrit pour faire descendre sa température.
bizarre.
la fille du patient me prend à part et me demande si je ne peux pas donner de "l'aspirine ou n'importe quoi d'autre" pour faire baisser cette fièvre.
-non,non,on ne donne jamais d'aspirine à l'hôpital.
-alors du Dolip-rane ? ...c'est ce qu'il prenait à la maison avant de venir à l'hôpital...et depuis qu'il est là,personne ne lui en donne!
-eh bien..je vais voir dans son dossier,attendez un peu.

je vais donc lire le dossier médical.
je vois que ce patient a reçu du paracétamol en injectable quand il était aux urgences,donc pas d'allergie.
je me dis alors que je peux lui donner 2 comprimés par la bouche et dès que le médecin de garde arrivera,je lui demanderai de le prescrire officiellement.
c'est comme ça que je procédais dans mon ancien service,à la demande du médecin même,qui ne voulait pas qu'on lui casse les pieds pour une histoire de paracétamol.

c'est le Tigre qui est de visite du soir.
il a l'air de bonne humeur,je lui demande bien poliment s'il veut bien prescrire de quoi faire baisser la fièvre de ce monsieur-là.
et là....
-Mirisa!!...on vous a très mal éduquée en pneumologie,dois-je vous rappeler le B-A-Ba du traitement antibiotique ???

je n'ai pas vu le coup de patte arriver,je suis totalement décontenancée,et je me sens rougir comme une gamine.

-heu....
-bien,il faut donc que je vous le rappelle ?...alors comment voulez-voir si un traitement antibiotique est efficace ??

je n'écoute plus,ayant compris où il voulait en venir,et me demandant si je devais révéler les 2 comprimés donnés....

-....donc,je résume,on ne donne pas d'antipyrétique chez l'adulte si on veut juger de l'efficacité de l'antibiotique !!
-heu....même avec 40 et demi ?
-même!!!....on s'en fout!!...à part les bébés et les très vieux,on ne donne pas de paracétamol,c'est clair ??
-mmmh,mmmh....
-ça serait pour une histoire de douleur,je ne dirais pas,mais pour une simple fièvre c'est hors de question...c'est bien compris ??
-mmmh....

ayant gagné mon sermon du soir,à la fois confuse et énervée,je le laisse pour aller dire au patient que le médecin ne "souhaite" plus qu'il reçoive d'antipyrétique DU TOUT afin de juger de l'action de l'antibiotique.
je lui ai livré mes explications dans un bel emballage,pour ne discréditer personne,ni le médecin,ni le patient.. ni moi,avec mes 2 comprimés d'efferalgan.

le patient est resté encore 2 jours pleins avec 40°,puis sa fièvre a décru toute seule,lentement mais sûrement.

cette histoire m'a beaucoup turlupinée:
en effet,jusqu'à présent,je n'avais cotoyé que des médecins pro/para-cétamol;
en plus,je me suis demandée si ce cher Tigre accepterait,lui, d'attendre 4 jours à 40° que son antibiotique fasse effet....lui qui va systématiquement dans la pharmacie du service piocher de quoi le soulager,maux de dos,d'estomac,de tête...il tape dedans à chaque fois....alors s'il avait de la fièvre...

ensuite je me suis demandé si c'était ma demande qui l'avait vexé...c'est vrai quoi,une infirmière qui suggère au médecin une prescription,ça fait désordre...même si ça arrive plus souvent qu'on ne croit,le tout étant de suggérer n'est-ce pas.
ma collègue m'a assuré que non,simplement que le duo fièvre/paracétamol était l'un des (nombreux?) boutons sur lesquels il ne fallait pas appuyer chez le Tigre.

alors un peu perdue,j'ai essayé de me "rééduquer",en essayant de ne plus voir la tête des gens avec de la fièvre.
honnêtement,j'ai eu l'impression de régresser,avec une certaine culpabilité en plus.

15 jours plus tard,le médecin de garde est un pneumologue de l'autre service;
très affable,il a un certain âge et une certaine classe qui me le fait ranger dans la catégorie des Lévriers (Afghans)
on fait le tour des malades,en voilà un qui a de la fièvre depuis 2 jours,depuis qu'il est là.
il est sous antibiotiques mais il est complètement abruti par la température.
-et celui-ci,comment va t'il ?
-il dort tout le temps,il a 39-40.
-et il n'a rien pour la fièvre ?
-heu...eh bien c'est-à-dire que....le Tigre n'aime pas le para-cétamol,vous comprennez...

le Lévrier me regarde alors avec un sourire entendu:
-ah,le Tigre....le Tigre et ses idées...c'est vrai qu'il y a 2 écoles à propos du paracétamol,les Anti et les Para....les 2 écoles se défendent certes,mais....
voyez-vous,le Tigre a d'énormes qualités,c'est un chef de service extraordinaire,il est bourré de talents,mais c'est comme pour toutes choses,on ne peut pas être au top niveau tout le temps....et là,il n'est pas au top,il pense comme ça parce qu'il n'a jamais été malade en vérité !....moi,mon optique c'est de soulager les gens,alors va pour du paracétamol !....je vous le mets sous quelle forme ??

je suis à la fois ravie de pouvoir soulager le malade et mal à l'aise devant ce type de discours:
sympatique comme confrère, que je me suis dis...voilà un bon p'tit coup patte,mine de rien.
avait-il besoin de me dire ça,à moi la p'tite infirmière ?
en qui puis-je avoir confiance alors ?

pour finir cette histoire sans fin,une autre façon de prescrire a été trouvée par la Dr Husky:
elle écrit toujours: "paracétamol si fièvre mal tolérée"
comme ça,tout le monde est content.

car qui juge de la bonne ou mauvaise tolérance d'une fièvre ?
je vous le donne en mille....

quelle hypocrisie parfois.

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19 janvier 2009

Portraits (II)

la Husky

voilà le 3ème médecin qui a pour particularité d'être femme,jeune,jolie et petite (dans le désordre)
elle est donc très différente de ses confrères félins.
intelligente,elle a compris que pour tenir la distance ni trop loin-ni trop proche avec eux,il lui fallait travailler encore plus qu'eux.
alors elle travaille,endurante comme un chien de traîneau.
mais prudente et anxieuse,elle ne sort jamais des sentiers battus de ses connaissances expérimentées sur le terrain,de peur de s'embourber lamentablement sous les sourires en coin des félins.
ce qui est parfois bien dommage,car c'est aussi une façon d'avancer en connaissances que d'aller explorer plus loin que la norme enseignée académiquement.

se sentant en minorité,elle a pris pour alliée la plus sûre,la cadre du service....animal à la couenne dure,à mi-chemin entre le renard,le rhinocéros et la pie.
-le renard pour sa façon (rusée) d'aborder les autres,notamment les médecins,animaux très susceptibles.
-le rhinocéros,pour sa faculté à encaisser les colères,humeurs diverses et variées,mauvaise foi,pleurnicheries,de tous ceux qui viennent se répandre auprès d'elle,mais aussi pour ses coups de corne qu'on voit venir heureusement (la terre tremblant sous son pas),le tout étant de fuir avant l'impact.
-la pie,pour son incroyable curiosité,voulant tout savoir sur tout et tout le monde....et le répétant (sinon ça ne serait pas drôle).

notre pie-renarde à corne et notre husky forment un couple redoutable dans le service:l'une soutenant l'autre,elles sont fortes devant les félins,qui préfèrent se mettre à ronronner.

quant aux infirmièr(e)s,aides-soignant(e)s et agents (A.S.H.).....
je dirais que ce groupe relève souvent de la basse-cour:il y a des petites poulettes au coeur tendre,des oies au coup de bec méchant,des petits coqs,des canards impassibles,des chats et des chiens aussi (l'intelligence n'étant pas réservée aux seuls médecins-cadres-etc..)...

moi,je fais partie des oiseaux,je regarde tout ce ballet avec distance;
enfin j'essaie:car parfois,je suis entraînée par toute cette vie de basse-cour et je me mets à picorer tout en rêvant d'être un chat.

c'est pour cela que dorénavant,maintenant que j'ai présenté les pricipaux personnages,je tenterai d'aborder ma vie à la ferme,heu l'hôpital,là où il y a des (in)fermières.

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12 janvier 2009

Portraits (I)

on va commencer par les médecins.

le Tigre

c'est le chef de service,même de 2 services.
il est encore jeune,encore séduisant,encore séducteur...et il le sait.
il est brillant,charismatique,énergique...et il le sait.
il est respecté,craint,admiré....et il le sait.
bref...un vrai tigre.
un médecin au diagnostic brillant,mais qui a de plus en plus de responsabilités de chef d'entreprise et de gestionnaire;
alors toujours pressé,il passe toujours en coup de vent:
les malades doivent vraiment attirer son attention par un truc bizarre,compliqué,atypique,pour qu'il s'arrête quelques secondes.
les autres...il ne les voit même pas.

ce qui est rageant,c'est qu'il ne passe jamais à côté du truc bizarre,compliqué,atypique...rien qu'en analysant le dossier,analyses,radios....le tout en quelques secondes.
l'oeil du tigre en somme.
et s'il y a un problème,ce doit être vraiment un VRAI problème d'une VRAIE maladie,avant de lui demander de nous accorder quelques secondes de plus de son temps très précieux.
c'est quand même stressant,car on craint toujours le coup de griffe en retour,et venant d'un tigre,ce n'est pas très doux...

et quand il s'énerve,ses colères sont aussi terribles que brèves,et le mieux à faire quand ça arrive....c'est de fuir et de se planquer en laissant la cadre,animal à la couenne dure,affronter et calmer la bête.

le Chat

autre style...même si l'on reste dans les félins.
médecin toujours tiré à 4 épingles sous sa blouse,il a l'allure que donnent des générations d'hommes bien nés/bien éduqués/bien élevés.
un vrai chat de race distingué,parlant plusieurs langues,marié à un chat féminin aussi racé que lui,ils ont des enfants,qu'il désigne sous le vocable affectueux de "monstres".
c'est un bon médecin intellectuellement parlant,un peu froid et réservé,mais tellement "médecin" que même en slip,on ne l'imagine pas autrement....ce qui fait qu'il a beaucoup de succès auprès des malades...
car tout le monde sait que la confiance et la mise en confiance,c'est déjà la moitié du traitement.

par rapport aux infirmières,il est plutôt méfiant avec les nouvelles.......longtemps méfiant même.
il en a une ou deux de favorites,auxquelles il s'adressera de préférence (toujours).
curieusement,elles ont un physique de petite souris:petites et menues.
et à celles qui n'ont pas l'heur de lui plaire,il ne leur dira rien,en homme bien élevé n'aimant pas l'affrontement avec la gent féminine,
mais s'il le faut,il ira se plaindre dans le bureau de la cadre,animal à la couenne dure,chargé d'agiter le fouet.

(à suivre)

Posté par mirisa à 13:19 - bestiaire - Commentaires [2] - Rétroliens [0] - Permalien [#]
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