les saisons du vent

Vécu d'une infirmière hospitalière et autres histoires -- ' la vie est une bougie dans le vent ' (proverbe japonais)

26 janvier 2009

Anti et Para-cétamol

une après-midi banale.

parmi mes patients,j'en ai un qui se tient bien assis dans son lit.
faisant moins que ses 70 ans,il a des yeux qui brillent dans un visage un peu rouge.
la faute à Dame Fièvre qui lui a collé un joyeux 40,3 °C,pneumopathie oblige.

sa feuille de température montre qu'il plafonne ainsi depuis son entrée;
sa feuille de traitement montre qu'aucun médicament ne lui a été prescrit pour faire descendre sa température.
bizarre.
la fille du patient me prend à part et me demande si je ne peux pas donner de "l'aspirine ou n'importe quoi d'autre" pour faire baisser cette fièvre.
-non,non,on ne donne jamais d'aspirine à l'hôpital.
-alors du Dolip-rane ? ...c'est ce qu'il prenait à la maison avant de venir à l'hôpital...et depuis qu'il est là,personne ne lui en donne!
-eh bien..je vais voir dans son dossier,attendez un peu.

je vais donc lire le dossier médical.
je vois que ce patient a reçu du paracétamol en injectable quand il était aux urgences,donc pas d'allergie.
je me dis alors que je peux lui donner 2 comprimés par la bouche et dès que le médecin de garde arrivera,je lui demanderai de le prescrire officiellement.
c'est comme ça que je procédais dans mon ancien service,à la demande du médecin même,qui ne voulait pas qu'on lui casse les pieds pour une histoire de paracétamol.

c'est le Tigre qui est de visite du soir.
il a l'air de bonne humeur,je lui demande bien poliment s'il veut bien prescrire de quoi faire baisser la fièvre de ce monsieur-là.
et là....
-Mirisa!!...on vous a très mal éduquée en pneumologie,dois-je vous rappeler le B-A-Ba du traitement antibiotique ???

je n'ai pas vu le coup de patte arriver,je suis totalement décontenancée,et je me sens rougir comme une gamine.

-heu....
-bien,il faut donc que je vous le rappelle ?...alors comment voulez-voir si un traitement antibiotique est efficace ??

je n'écoute plus,ayant compris où il voulait en venir,et me demandant si je devais révéler les 2 comprimés donnés....

-....donc,je résume,on ne donne pas d'antipyrétique chez l'adulte si on veut juger de l'efficacité de l'antibiotique !!
-heu....même avec 40 et demi ?
-même!!!....on s'en fout!!...à part les bébés et les très vieux,on ne donne pas de paracétamol,c'est clair ??
-mmmh,mmmh....
-ça serait pour une histoire de douleur,je ne dirais pas,mais pour une simple fièvre c'est hors de question...c'est bien compris ??
-mmmh....

ayant gagné mon sermon du soir,à la fois confuse et énervée,je le laisse pour aller dire au patient que le médecin ne "souhaite" plus qu'il reçoive d'antipyrétique DU TOUT afin de juger de l'action de l'antibiotique.
je lui ai livré mes explications dans un bel emballage,pour ne discréditer personne,ni le médecin,ni le patient.. ni moi,avec mes 2 comprimés d'efferalgan.

le patient est resté encore 2 jours pleins avec 40°,puis sa fièvre a décru toute seule,lentement mais sûrement.

cette histoire m'a beaucoup turlupinée:
en effet,jusqu'à présent,je n'avais cotoyé que des médecins pro/para-cétamol;
en plus,je me suis demandée si ce cher Tigre accepterait,lui, d'attendre 4 jours à 40° que son antibiotique fasse effet....lui qui va systématiquement dans la pharmacie du service piocher de quoi le soulager,maux de dos,d'estomac,de tête...il tape dedans à chaque fois....alors s'il avait de la fièvre...

ensuite je me suis demandé si c'était ma demande qui l'avait vexé...c'est vrai quoi,une infirmière qui suggère au médecin une prescription,ça fait désordre...même si ça arrive plus souvent qu'on ne croit,le tout étant de suggérer n'est-ce pas.
ma collègue m'a assuré que non,simplement que le duo fièvre/paracétamol était l'un des (nombreux?) boutons sur lesquels il ne fallait pas appuyer chez le Tigre.

alors un peu perdue,j'ai essayé de me "rééduquer",en essayant de ne plus voir la tête des gens avec de la fièvre.
honnêtement,j'ai eu l'impression de régresser,avec une certaine culpabilité en plus.

15 jours plus tard,le médecin de garde est un pneumologue de l'autre service;
très affable,il a un certain âge et une certaine classe qui me le fait ranger dans la catégorie des Lévriers (Afghans)
on fait le tour des malades,en voilà un qui a de la fièvre depuis 2 jours,depuis qu'il est là.
il est sous antibiotiques mais il est complètement abruti par la température.
-et celui-ci,comment va t'il ?
-il dort tout le temps,il a 39-40.
-et il n'a rien pour la fièvre ?
-heu...eh bien c'est-à-dire que....le Tigre n'aime pas le para-cétamol,vous comprennez...

le Lévrier me regarde alors avec un sourire entendu:
-ah,le Tigre....le Tigre et ses idées...c'est vrai qu'il y a 2 écoles à propos du paracétamol,les Anti et les Para....les 2 écoles se défendent certes,mais....
voyez-vous,le Tigre a d'énormes qualités,c'est un chef de service extraordinaire,il est bourré de talents,mais c'est comme pour toutes choses,on ne peut pas être au top niveau tout le temps....et là,il n'est pas au top,il pense comme ça parce qu'il n'a jamais été malade en vérité !....moi,mon optique c'est de soulager les gens,alors va pour du paracétamol !....je vous le mets sous quelle forme ??

je suis à la fois ravie de pouvoir soulager le malade et mal à l'aise devant ce type de discours:
sympatique comme confrère, que je me suis dis...voilà un bon p'tit coup patte,mine de rien.
avait-il besoin de me dire ça,à moi la p'tite infirmière ?
en qui puis-je avoir confiance alors ?

pour finir cette histoire sans fin,une autre façon de prescrire a été trouvée par la Dr Husky:
elle écrit toujours: "paracétamol si fièvre mal tolérée"
comme ça,tout le monde est content.

car qui juge de la bonne ou mauvaise tolérance d'une fièvre ?
je vous le donne en mille....

quelle hypocrisie parfois.

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18 mai 2008

Dr House

moi aussi je connais un Dr House....il travaille aux Urgences.
bon,il n'a pas les yeux bleus,mais ça,je ne l'ai su que tout récemment.
ma collègue dit qu'il n'est pas aussi intelligent (c'est une fan de l'original,alors elle a poussé des hauts cris quand j'ai osé faire la comparaison),et que c'est un gros con (ce n'est pas toujours incompatible pourtant)

toutes ces années,je ne connaissais que sa voix:voix de baryton,éraillée par la cigarette,avec une tonalité souvent sèche,parfois brutale,parfois lasse aussi.
je connais sa voix car il appelle pour savoir si on a un lit pour hospitaliser un patient des urgences.

cette recherche (cette chasse) des lits dans les étages peut être particulièrement agaçante,surtout la nuit.
la personne qui répond,en l'occurence l'infirmière,doit dire en toute "honnêteté",s'il y a des lits de libres.
alors parfois il n'y en a pas,parce qu'il n'y en a pas.
mais parfois il n'y en pas,alors qu'il y en a mais il n'y en a pas.
ce sont des lits réservés,bloqués,fermés,à la demande du médecin du service.

c'est sûr,pour les hospitalisations programmées,genre bilan ou bloc,il faut réserver le lit.
c'est sûr,s'il y a des contagieux ou des mourants dans une chambre à 2 lits,il faut bloquer le lit d'à côté.
c'est sûr,s'il manque des médecins (genre vacances) ou beaucoup-beaucoup d'infirmières (genre épidémie de maladies,accidents ou départs),il faut fermer des lits.

mais vu des urgences la nuit,cet état de fait est souvent très...énervant...car ils se retrouvent avec des gens à hospitaliser,alors que le temps passe,qu'il y a tout un tas de gens qui attendent,et qu'ils doivent chercher partout des lits,qui existent dans la vraie vie avec draps,couette et oreiller (et une infirmière au bout de la sonnette),mais qui sont devenus virtuels,des lits fantômes.

je sais qu'il y a parfois des abus dans cet état des lits fantômes.
-je connais des collègues qui mentent sans vergogne,surtout celles de jour,en fin de soirée,histoire de ne pas être embêtées par une entrée:"non,non,il n'y a pas de lits",il est 18h
et à 20h,quand moi je réponds au téléphone et que je dis "ben si il y a 1 lit",j'entends l'exclamation étouffée du médecin ou de l'infirmière des urgences qui dit "mais comment ça se fait ??...tout à l'heure,y'en avait pas..?"
-je connais aussi des médecins qui ferment des lits pour le week-end,pour ne pas être "emmerdés" (sic) par des entrées des urgences,même si celles-ci relèvent de leur spécialité (genre endocrino/dermato)

et du coup il y a des abus de la part des urgences,genre:
-un patient arrive comme une fleur alors qu'on n'a pas été prévenu,et qu'il n'y a pas de lits vraiment-vraiment
-un patient est annoncé comme ci,et on voit qu'il est comme ça (mourant au lieu de vivant,grabataire au lieu de "bien",homme au lieu de femme...)
-un patient arrive sans dossier ou dans un drôle d'état au point d'aller en réa 1 heure après.

bref,il y a des menteries des 2 côtés et une certaine méfiance des 2 parties.
et quand il y a plein de boulot aux urgences,le service d'hospit dit "ils sont, je sais pas combien, et toujours en train de se plaindre"
et quand l'infirmière du service est submergée de boulot,les urgences se disent que c'est une feignasse ou une gourde,"qu'elle vienne voir comment ça se passe chez nous,on en reparlera"

cela donne lieu à des échanges particuliers au téléphone,et là,mon Dr House il se distingue entre tous.

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-allô,ici le Dr House,est-ce que vous auriez un lit pour une dame?
-oui,j'en ai un
-bon,on vous l'envoie tout de suite.
la dame arrive,elle se porte comme un charme,enfin point de vue pulmonaire.
sa fille me dit que sa mère a une infection urinaire et qu'à son étonnement de la voir hospitalisée en Pneumologie,le Dr House lui a dit:
-elle tousse
-mais non,elle ne tousse pas voyons,je le saurais.
-c'est pas grave,elle toussera demain!

~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~

-allô,ici le Dr House on va vous envoyer un homme
-mais je n'ai pas de lit!
-ha! vous avez bien eu un décès ,alors vous avez un lit n'est-ce pas ?
-mais il vient à peine de partir à la morgue!
-et alors?..ça vous fait un lit,non?
-mais il est encore chaud ce lit,rien n'est désinfecté,et puis ....
-et puis quoi,vous vous démerdez,vous savez la p'tite lavette,le p'tit désinfectant...

-non,j'ai plein de boulot,je ne peux pas maintenant,dans 2 heures au moins!! (je suis furieuse car c'est vrai que je suis archi débordée,et puis ça me dégoûte,ce lit n'est même pas refroidi,encore plein d'odeurs)
-vous voulez que j'appelle l'administrateur de garde pour lui dire qu'une in-fir-miè-re de rien du tout refuse de son propre chef l'hospitalisation d'un malade ?? (voix méprisante à souhait)
-oh c'est pas la peine de faire des menaces,allez-y appelez-le je serai contente qu'il voit mes conditions de travail,tiens!!
il me raccroche au pif,et moi je dis "quel connard" (comme lui a dû dire quelle connasse!)
5 minutes après,c'est ma cadre qui appelle affolée (elle s'était pris un savon "housien"),"mais qu'est-ce qui se passe ?"....du coup,elle a détachée une AS d'un autre service pour faire la désinfection de la chambre,mon AS à moi étant aussi surbookée-surmenée que moi.
pour finir,l'entrée s'est pointée 4 heures plus tard...

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-allô,ici le Docteur House,vous avez des lits?
-oui,2 lits d'homme
-ha,mais c'est d'une femme dont j'ai besoin
-c'est 2 lits d'homme que j'ai.
-2 hommes dans des chambres doubles?
-heu oui... (je sais hélàs ce qu'il va me sortir)
-eh bien,vous en déménagez un,comme ça on aura une chambre à 2 lits pour des femmes,et 1 lit pour mon lit femme.
-mais il est 3 heures du matin !!...les malades dorment!!
-et alors??..est-ce que je dors moi ??..ils dormiront mieux demain,démerdez-vous!

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-allô,ici le Dr House,vous avez des lits?
-non,pas de lits.
-vous êtes sûre?
-archi-sûre,il y a quelqu'un dans chaque lit.
-ah c'est bien dommage,ça.

-allô,ici le Dr House,toujours pas de lits?
-comme il y a 1 heure,pas de lit...
-ah....vous comprenez,j'ai un patient qui doit "vraiment" recevoir des soins en service,et il y a des lits nulle part.
-je comprends bien,mais je n'ai pas de lit,du tout,vrai de vrai,désolée...
-ah bon,voilà qui n'arrange pas mes affaires....

-allô,c'est toujours le Dr House....
-mais non,je n'ai pas de lit!!...ça fait 2 fois que je vous le dis!!
-ah...j'appelais au cas où..
-au cas où quoi ??

-au cas où il y en aurait un qui se serait décidé à aller voir St Pierre....
-quoi ??
-ben oui,on sait que chez vous en pneumo c'est plutôt mouvementé la vie...
-désolée,c'est sûr il y en a qui ne sont pas frais,mais ils sont tous vivants , ils respirent tous !!
-ah...c'est bien dommage,pour une fois...

~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~

bref,jusqu'à présent,ce n'était qu'une voix;
mais l'autre nuit je l'ai vu:à l'occasion d'un transfert en réa d'un patient en décompensation cardiaque,il est venu avec le SMUR.
c'est ma collègue qui m'a chuchoté "je suis sûre que c'est LUI"
après petite enquête auprès des ambulanciers,c'était bien lui...

un grand échalas,la tête allongée,les cheveux tirant sur le gris....plus tout jeune,enfin pas vieux quand même.
un visage un peu las et désabusé.
sa voix toujours la même,d'ailleurs il râlait et gueulait,comme d'habitude apparamment (dixit l'interne)
là,il y avait de quoi:venir à 3 heures du matin,tout ça à cause d'un cafouillage de la prise en charge en journée....même moi,j'en étais exaspérée et énervée.

je l'ai beaucoup observé ce soir-là,ça fait toujours bizarre de mettre une tête sur une voix et un personnage que tout le monde s'accorde à dire que c'est un gros con.
ça m'a fait d'autant plus bizarre que je n'ai pas eu l'impression qu'il était si con que ça.

et sans lui ressembler,il m'a fait l'effet d'être un Dr House.
attitude odieuse et désinvolte,vocabulaire et tenue peu châtiée,
mais il m'a semblé qu'il y avait autre chose derrière tout ça.
il m'a semblé compétant.
mais il a fallu que je le vois pour que je le crois....

ah ces urgentistes...!!!.....

Posté par mirisa à 23:21 - les médecins - Commentaires [3] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

31 janvier 2008

mal-entendu interne

il y a une chose d'incorrigible en moi,c'est que j'ai d'emblée une profonde admiration pour le Savoir et donc pour ceux qui "savent".
qu'ils soient professeurs,historiens,médecins,musiciens,écrivains....
mais aussi mécanos,agriculteurs,cuisiniers,maçons,jardiniers,
ou encore sculpteurs,peintres,danseurs,acrobates ou ventriloques...
enfin,bref.
ça m'attire comme un aimant,et j'ai soif de m'enrichir auprès d'eux,même si c'est à leur insu le plus souvent:
j'aime les écouter (surtout),parler avec eux (parfois),les regarder (toujours).
bref,une vraie groupie.
mais je reste lucide,le savoir ne préservant pas de la bêtise.
et je m'en aperçois très vite si tel est le cas.
alors bien sûr,je suis déçue et je m'éloigne.

je reviens à mes moutons.
à mon travail,je suis de nuit depuis quelques années pour raisons familiales.
et ce qui me manque beaucoup c'est le contact avec des médecins.
d'abord,parce que j'ai une certaine idée (idéalisée ?) du travail d'équipe,où la complémentarité et la différence de chacun est une force dans la lutte qui nous occupe,et puis parce que j'aime comprendre le pourquoi des choses que je vois et qui m'échappe du fait de mon non-savoir.
le fait est que la nuit,je ne suis pas vraiment comblée de ce point de vue-là,alors je cherche mes infos par-ci,par-là,je lis les dossiers de A à Z,les comptes-rendus,etc...
mes collègues de jour me disent que j'ai tout faux,que ce n'est pas ce que je crois,que les temps ont bien changé (là,ça me fiche un coup de vieux quand même),et qu'ils "ne pensent qu'à leur pomme".
mes collègues de nuit me disent que je suis complètement folle de vouloir cotoyer ces toubibs qui n'en ont rien à faire de l'infirmière,sauf pour leur servir de "boniche" (sic).
mais rien à faire,j'en rêve toujours et encore.

alors,quand je vois l'interne de garde,qui change chaque nuit,j'aime bien discuter avec lui,lui demander des explications sur tel ou tel problème,mais aussi le connaître par son prénom,savoir dans quel service il est,où il en est dans ses études...etc..
ça ne va pas très loin,je suis curieuse mais pas indiscrète quand même.
et ça n'empêche pas que l'on travaille (bien).
c'est ainsi que j'ai pu avec certain(e)s nouer des liens bien amicaux:quand je voyais que c'était lui ou elle,et quand il ou elle me voyait,nos visages s'éclairaient mutuellement.
on s'appréciait tout simplement.

jusqu'à il y a quelques mois.
était-ce en novembre ou en mai ,je ne sais plus.
une nouvelle fournée d'internes;beaucoup de jeunes (1er semestre).
à mon habitude,devant cet interne-là,je lui demande quel est son prénom,en le tutoyant.
il me regarde d'un air à la fois surpris et suspicieux;
sa bouche prend un pli méprisant et il me regarde de haut en bas...lentement.
...en disant "mais pourquoi donc ?"
il y a des regards qui salissent plus que des mots.
j'ai tout de suite compris qu'il pensait que je lui faisais des "avances".
je me suis senti dans la peau d'une vieille racoleuse,fardée et pathétique.
je me suis sentie mal.
avec son torse étroit et son visage parsemé de boutons,Face-de-Pizza,(comme dirait ma fille) me regardait avec un vague dégoût et il a lâché son prénom...que je n'ai pas retenu.
j'ai tourné les talons,consternée à l'idée d'avoir reçu ce regard sur moi de la part de quelqu'un que je respectais d'emblée de par sa fonction.
je me suis dit que mon comportement ne convenait plus,peut-être était-ce équivoque,peut-être étais-je trop vieille maintenant pour demander un prénom,peut-être que je franchissais la ligne rouge "on-ne-mélange-pas-les-torchons-et-les-serviettes"...(?)
j'en ai été tellement blessée que je me suis renfermée sur ma coquille.
et à partir de ce moment-là,je n'ai plus demandé les prénoms des internes,je m'en suis tenue à un strict vouvoiement,à une distance conséquente.

pour les distinguer tout de même,je les appelais par un surnom.
il y avait donc pour les garçons:
-Face-de-Pizza (vous savez pourquoi),
-Nez-Busqué (un sacré nez ma foi,il aurait pu fumer sous la douche)
-Goéland (de grande taille,il marchait un peu pataud en se balançant )
-Savate (il mettait des tongs pour venir)
-Santiag (avec ça aux pieds,il avait plus d'assurance,clac,clac,ça fait chef,enfin sous-chef)
-P'tit-Coq (toujours dressé sur ses ergots-ego de médecin)
-Furet (parce qu'il sentait vraiment mauvais)
.....
et pour les filles,c'était:
-Taches-de-son
-Carotte (une rousse au grand nez)
-Blonde-aux-yeux-bleus (ou noirs ou verts)
-Make-up (elle avait un maquillage permanent)
-Souris (elle avait une tête de souris)
-P'tits-talons (petite,elle mettait des talons et sa démarche vive faisait un bruit précipité clic-clac,clic-clac)
-Sans-pain (elle avait un air triste comme un jour sans pain)
......

bref,vous avez compris.
les mois ont passé.
-Nez-Busqué m'a fait une angoisse de la feuille blanche:devant sa feuille d'observation,sa 1ère entrée,le trou noir...il m'a demandé "pardon... mais qu'est-ce que je dois écrire ?"
après un instant d'hésitation,ses yeux paniqués m'ont décidée,et je l'ai aidé à se ressaisir,simplement en lui montrant un autre dossier au profil similaire,en modèle.
par la suite,il semblait content de me voir,mais j'ai continué à le désigner comme Nez-Busqué.
-Goéland était aimable,il parlait peu mais agissait bien;un jour,qu'il me cherchait dans le service,il m'a appelée par mon prénom,comment l'avait-il su mystère,j'ai été un peu ébranlée dans ma résolution,mais je suis restée sur Goéland.
-P'tit Coq m'agaçait prodigieusement par son arrogance,mais il savait être efficace.
-Furet puait vraiment,je l'ai renommé Putois.
-Face-de-Pizza,je le fuyais comme la peste,tout comme Santiag:je chargeais mon aide-soignante du contact,ça la faisait rire de servir de messager.
-P'tits-Talons s'est sentie mal quand il a fallu qu'elle aille constater un décès,c'était son 1er mort;c'est le bruit de ses talons qui m'a alerté:clic-clac,clic-clac que ça faisait devant la chambre,ça n'arrêtait pas,en fait elle tournait en rond et n'osait pas entrer;je l'ai accompagnée.
-Sans-Pain me faisait de la peine,quelque chose n'allait pas chez elle,mais je me contentais de l'observer.
-Make-up était orgueilleuse et déterminée,elle devrait pouvoir aller loin dans son ambition celle-là.
-avec eux comme avec les autres,le minimum de contact,le minimum de mots,mais s'ils venaient me demander quelque chose, je restais toujours très correcte,bien que parlant à peine.

et puis un soir...
travail assez calme,je parle avec une patiente d'une trentaine d'années.
elle va bien,elle s'est d'ailleurs promenée toute la journée.
-pff,il n'y a pas beaucoup de beaux spécimens ici ,dit-elle.
-spécimen ?
-des mecs quoi,il n'y a pas grand chose,que des vieux... (air dégoûté)
cette jeune personne est responsable dans un magasin,c'est une "winner" comme elle dit,une croqueuse d'hommes...
c'est vrai qu'elle est drôlement bien physiquement,malgré une certaine dureté dans son regard.
-ah ben ça,à l'hôpital,ce n'est pas là qu'il faut chasser...
-et pourtant,j'en ai vu un!...

je m'exclame distraitement:
-ah bon,où ça,vous en avez de la chance!
-mais dans votre office,là ce soir...c'est de la "balle",en tout cas
.
avec ma collègue,nous sommes stupéfaites...dans notre office ?? un beau mec ???
-comment ça ??
-eh bien,j'allais chercher un yaourt et je l'ai vu en train de manger...c'est bien un médecin,en tenue bleue avec une blouse blanche dessus?
-euh oui,c'est l'interne de garde....mais qui c'était donc ?
-ah ben ça ,c'est à vous de me le dire!..un beau brun aux yeux bleus
..(elle est enchantée de son effet).
je me demande bien qui c'est effectivement qui a pu taper dans l'oeil de cette patiente...je passe mentalement en revue tous les visages d'internes,pas un sort du lot...
tous bôf-bôf,voire beurk-beurk.
ça doit être un que je n'ai jamais vu encore.
l'aide-soignante me dit:
-appelle-le,comme ça on verra qui c'est ?
-ah non,pour une fois que c'est calme,je ne vais pas l'appeler,ça va me porter la poisse.
-ah ben moi,j'aimerais bien voir qui c'est cette bombe.
-non,non,j'aurais l'air fin.. "allô,c'est l'infirmière,vous pouvez monter? je voudrais bien voir votre tête parce qu'il parait que vous êtes de la balle !!"
-mais vous n'avez qu'à dire que j'ai mal au ventre,
me dit la patiente,comme ça,en plus il me tripotera un peu...
je la regarde (eh ben dis-donc...).
je réplique par:
-je ne dérange jamais l'interne pour des bêtises,et en plus,moins je le vois,mieux je me porte.
-ah ben,vous êtes pas marrante vous... tant pis...mais peut-être que j'aurais une crise d'asthme dans la nuit..?
-ça m'étonnerait,vous allez bien maintenant,mais si ça arrive,le médecin a fait toutes les prescriptions,il n'y aura pas besoin de déranger l'interne.
je lui enverrais bien Putois par contre si je pouvais.

le travail reprend,et je pense à autre chose.
beaucoup plus tard,je suis à l'office pour manger,c'est ma pause-repas de minuit,quand j'entends des pas:c'est l'interne.
nom d'une pipe,c'est Goéland !!!
je ne peux m'empêcher de dire (le tutoiement m'échappant):
-mais c'est toi ??
-quoi moi ?
-alors c'est toi qui est-de-la-balle ??
il se dandine (en bon goéland) et il rougit:
-comment ça ?
- une patiente t'a vu et t'a trouvé drôlement à son goût..c'est vrai que tu as les yeux bleus ?
il acquiesce et je le regarde attentivement:c'est vrai qu'il a les yeux bleus derrière ses lunettes et qu'il a un visage plutôt agréable,je n'y avais jamais prêté attention,mais bon,comme je ne regardais plus..
on plaisante sur son succès et l'oeil du tigre de la patiente,on rit bien,puis je me décide:
-excuse-moi,je perds la tête (oh la menteuse) mais je ne me rappelle plus ton prénom..
il a l'air un peu peiné,mais bon,je ne peux pas lui dire qu'il est Goéland quand même..
- Alexandre
-et moi...
-oui,je sais,je te connais.
-ah oui,zut,pardon Go....heu Alexandre,tu sais à mon âge,les troubles de la mémoire...
(...hum,hum...)

je n'ai plus oublié son prénom par la suite,sa gentillesse et son humour avaient réparé bien des choses.
on avait plaisir à travailler ensemble,et puis j'ai un faible pour les goélands.
par la suite,j'ai délaissé les surnoms pour les vrais noms,
même Santiag (qui avait perdu un peu de sa morgue),
sauf Putois et Face-de-Pizza:celui-là,je ne pouvais même pas lui causer.

depuis,il y a eu Claire,Emilie,Jean,Philippe,Geoffray,Julien,Julie,Reda,Selim,
Benjamin,Vincent,Fatima,Pierre,Delphine.....

Dernièrement,j'ai eu un coup de fil :un médecin des urgences,une femme.
après la question d'usage (vous avez de la place..?),elle me dit:
-c'est qui au téléphone ?
je réponds,un brin agacé,vu l'heure.
-l'infirmière pardi!
-oui mais qui?
je lui dis mon prénom à contre-coeur,qu'est-ce qu'elle me veut enfin?
-tu me reconnais pas ?
mais si,cet accent chantant,cette énergie dans la voix..
-Johanne !...et je visualise une jeune femme aux cheveux noirs,au visage décidé,au petit accent,d'une énergie solaire,hautement compétante,je lui confierais ma vie sans hésiter.
-mais oui c'est moi!! (elle rit)...je suis drôlement contente de t'entendre,tu vas bien ? toujours là ? toujours le bazar dans ton service ?
-toujours pareil,toujours pareil... et toi,tu es interne aux urgences maintenant ?
-oui,mais je ne suis plus interne! j'ai grandi .!...je suis Assistante maintenant!
-waouh..! bravo,ça ne m'étonne pas..!.c'est dommage,je ne te reverrais plus alors..
-ben non...je te manque alors ?
-ben oui...je l'avoue,que veux-tu,un médecin comme toi,je n'en croise pas beaucoup,et puis tu me faisais rire (
elle avait un humour so brittish)
-tu t'en rappelles ?...toi aussi tu sais,tu me manques,on faisait une bonne équipe toutes les deux!

voilà,c'était une petite discussion toute banale,mais elle m'a fait chaud au coeur.
2 ans que je ne l'avais pas vue,et elle se rappelait encore de moi.
ça a ensoleillé toute ma nuit.

je suis incorrigible....je crois que j'y crois encore.

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01 juin 2007

l'interne chinois

Lee est interne,il vient de Chine pour se spécialiser en diabétologie;
il parle assez bien le français ,mais il parle peu en vérité,ça ne me dérange pas,il a le diagnostic très sûr,dès qu'on l'appelle,il vient rapidement sans jamais râler,il a une analyse juste et rapide des problèmes..
bref,je l'aime bien parce que je sais pouvoir compter sur lui.
mes autres collègues ne partagent pas mon avis,son accent,son air impénétrable,les déconcertent,elles le trouvent lunatique et trop distant.

comme je suis assez curieuse des gens,une nuit qu'il est là pour un patient,je n'y tiens plus,je lui demande:
-dis-moi,Lee,tu as quel âge?
-ah,bien,tu dois deviner,quel âge tu me donnes?
je le regarde attentivement,quelques plis aux yeux,aux coins de bouche....
-32 ou 33 ans !
-ah non,34 ans,j'ai 34 ans,mais tu es forte,tout le monde se trompe sur moi
c'est donc un médecin expérimenté,comme il a l'air de bonne humeur,je décide de continuer sur ma lancée
-mais dis-moi,à 34 ans tu dois avoir une fiancée,tu as de la famille en France?
-non,non,enfin,oui je suis marié,j'ai un fils même,mais ils sont là-bas à Shangaï,moi je suis tout seul ici,j'attends de finir,je vais les voir le plus souvent,mais le voyage,tout ça...(un geste de la main)
-oh,tu as une femme et un enfant?....quel âge ?... 1 an ?...mais c'est un bébé,ça doit être un peu dur pour toi..?
il soupire,et son visage un temps égayé,se ferme;il me dit qu'il le voit grandir sur internet mais que ce n'est pas pareil,l'enfant ne le reconnait jamais.
les fois suivantes où je le vois,je ne manque pas de lui demander comment vont sa femme et son fils,comme ça,histoire de causer un peu,et il ne me manque pas de me répondre.

une nuit,à ma question rituelle posée pour la 20è ou 30ème fois,à croire qu'il la guettait,il sort triomphalement de sa poche une petite disquette:
-tu vas voir maintenant,j'ai des photos !
j'appelle Fifi,mon aide-soigante préférée,on est toutes les 2 excitées comme des puces,une séance de diapo sur notre vieux coucou d'ordinateur tout juste bon à sortir des étiquettes,on n'arrive pas à y croire..
et voilà notre interne qui tape à toute vitesse sur l'ordi asthmatique qui lui obéit en plus au doigt et à l'oeil,on ne savait même pas que c'était possible,on admire,on regarde comme au spectacle,c'est une scène si inattendue surtout venant d'un homme si réservé d'habitude.
et puis,un tiroir s'ouvre par magie,il avale cette fameuse disquette et on voit:
c'est un album photo,photos numériques et par web-cam.....on n'avait jamais vu ça avant,Fifi et moi on en est baba.
et on commente chaque photo une à une avec beaucoup de détails....,on s'exclame,on rit,on dévore tout des yeux,rien ne nous échappe..
et lui,il rit,il rit,il est heureux comme tout....
sa jeune épouse fraîche et jolie,la belle-mère au maintien sévère,Shangaï et ses immeubles géants,son appartement moderne,et surtout,surtout,le petit garçon,l'enfant-roi,sous tous les angles.
-je vais les faire venir,ma femme et mon fils,ici en France,bientôt,je fais les papiers
-oh mais c'est super,on est très contentes pour toi,elle est belle ta femme
-oui,(fier),et ici je pourrais avoir un 2ème enfant,là-bas,c'est pas possible,le gouvernement,tout ça (un geste de la main)
-ah oui,la politique de l'enfant unique,c'est vrai ce qu'on dit?
il m'explique un peu ce qu'il en est,en ville comme à la campagne,la loi,les sanctions,les gens,il me dit aussi que ces enfants-là ont un caractère difficile,et lui,il ne veut pas que son fils devienne comme ça,il veut d'autres enfants,et la France peut lui permettre de réaliser son rêve....
-on va croiser les doigts pour toi Lee
la séance finit par finir,le devoir nous appelle,des sonnettes,mais on a passé un très bon moment,très gai.

quelques semaines plus tard,quand je le revois,quelque chose dans son attitude m'intrigue,il ne me parle pas en face.
je regarde de plus près et je vois:un bel hématome autour de l'oeil et de la bouche,qui vire déjà au jaune,des égratignures sur le visage,une bouche abîmée,et un regard changé
-dis-moi Lee,tu t'es bagarré,toi qui es si calme?
il me regarde,il hésite,"c'est rien,je suis tombé"
-c'est ça,je vais te croire
alors il me raconte qu'il s'est fait tabasser dans une rue de la ville,alors qu'il se promenait tard le soir,comme il en avait pris l'habitude avec les beaux jours.
-mais pourquoi toi,bon sang?........le match de foot avec la Chine?....parce que la Chine a gagné,les supporters de l'autre équipe te sont tombés dessus??
il hoche la tête,les larmes ne sont pas loin
-mais tu as porté plainte?........non?....tu as peur d'une vengeance?...mais bien sûr que non,il faut porter plainte,je sais qu'il n'y a pas beaucoup de chinois par ici,mais fais-le pour toi,pour que la loi passe pour ces crétins
-non,non,j'ai peur,ils vont me retrouver...
-mais pourquoi te promener dans les rues à cette heure-là,c'est l'heure des bandes qui rôdent,alors tu penses,un mec tout seul,à minuit tout seul ici,c'est vraiment pas terrible,c'est plus comme avant,et puis un soir de match de foot de coupe du monde,il y a de la viande saoûle partout,c'est recta
-je pensais qu'au pays des droits de l'homme,on pouvait se promener à n'importe quelle heure dans les rues de France..je ne pensais pas,je n'aurais jamais cru ça,ici,en France....en France!
-oh,Lee....la France.....les cons ils sont partout,ils n'ont pas de nationalité,te laisse pas avoir,ils ne valent même pas le 1000ème de la semelle de tes chaussures...,allez va ,va au commissariat...
...non,non,non,sa tête balance de droite à gauche,obstinément...
je suis tellement désolée pour lui...

Lee quittera la ville 2 mois plus tard.
quel gâchis.quel dommage.
pour nous.

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Posté par mirisa à 15:35 - les médecins - Commentaires [1] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

les internes (préambule)

le fameux interne des hôpitaux est un médecin non-officiel mais qualifié.
en fait c'est un étudiant en médecine qui a passé le concours de l'internat au bout de 6 ans,qui garde le statut d'interne plusieurs années jusqu'à temps qu'il passe sa thèse.
je connais et côtoie 2 genres d'internes en médecine :
-le jeunot:il a fait ce parcours décrit plus haut,celui de 1ère année débarque un peu,celui de 3ème année est bien plus aguerri,ce sont de jeunes gens entre 24 et 28 ans en gros.(évidemment,il y a toujours des exceptions)
-l'étranger:il est médecin dans son pays,il veut valider son diplôme en France ou se spécialiser,il repasse par la case Interne;il est en général plus âgé que le précédent,mais parfois il ne parle pas bien français;

quel que soit son parcours,pendant la journée l'interne s'investit beaucoup dans son service dans lequel il doit rester 6 mois pour apprendre (et beaucoup travailler normalement),et la nuit il prend des tours de garde où il doit gérer des problèmes dans des services (donc des pathologies) autres que dans le sien...pas toujours évident pour lui,mais normalement il y a toujours un médecin supérieur de garde quelque part,qui peut l'aider si besoin.

maintenant que le décor est planté,je vais raconter quelques histoires d'internes;
parce que j'ai souvent travaillé la nuit,j'ai rencontré pas mal d'internes différents,d'autant que tous les 6 mois,ils changeaient de tête;j'ai pris l'habitude de les questionner,pour les cerner un peu

car si c'est un rapide,un anxieux,un lent,un nerveux,un je-m'en-fiche,un nul,un compétant...,je dois me débrouiller et m'adapter afin de résoudre les problèmes posés en pleine nuit par un malade qui ne va pas bien.
...alors entre étonnement,consternation,soulagement,ou agacement,parfois ça paye.

Posté par mirisa à 10:51 - les médecins - Commentaires [0] - Rétroliens [0] - Permalien [#]
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