les saisons du vent

Vécu d'une infirmière hospitalière et autres histoires -- ' la vie est une bougie dans le vent ' (proverbe japonais)

19 juin 2009

bijou et écrin

quand on ne sait plus qui renforce l'autre,des images ou de la musique.....
quand on hésite entre le bijou et l'écrin....


Moriarty - "Jimmy"

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THE PIANO ( MUSIQUE DE YANN TIERSEN)

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17 juin 2009

visite dominicale (II)

patient de 65 ans adressé pour baisse de l'état général chez un homme en cours de rééducation post-AVC avec hémiparésie droite et aphasie partielle;patient suivi également pour des troubles bipolaires.
sa femme,sa fille et son gendre viennent le voir.

-ah,voilà quelqu'un....c'est qui l'infirmière..?.ah c'est vous..?..bon,comment trouvez-vous mon père?...ah,parce que vous,vous trouvez qu'il ne va pas trop mal ?? eh bien,moi,je trouve qu'il ne va pas bien du tout !!...vous connaissez son dossier au moins ?...oui,non,oui..?....qu'est-ce qui me fait dire qu'il va très mal ? et vous,qu'est-ce qui vous fait dire qu'il va bien ?..non,parce que vous voyez là,mon père,chez nous,il ne fait rien du tout,il ne veut plus manger,plus bouger,plus parler...alors qu'on se plie en 4 ma mère et moi pour lui,on fait tout pour lui,pour qu'il retrouve son autonomie et rien à faire...c'est bien pour ça qu'on l'a envoyé à l'hôpital,il ne mangeait plus rien et passait son temps à dormir!!..et ici alors,il mange ?..oui ? ah ben ça alors...vous êtes sûre ?...et il va aux toilettes tout seul ?...il vous parle aussi un peu ??...et il fait correctement pipi ? et caca ?
(s'adressant à son père qui nous écoute)...non mais tu exagères!..et pourquoi tu fais pas ça avec nous? pourquoi tu fais des efforts avec des étrangères ?...tu vois pas comme tu nous fais souffrir Maman et moi ?
(se retournant vers moi)...comment ça,j'ai l'air tendu?...ça se voit tant que ça ?...mais là je n'en peux plus,on ne sait plus comment faire avec lui,chez nous il refuse tout et chez vous il fait tout...j'en ai marre,je voudrais tant qu'il soit comme avant,parce que...on l'aime tout de même..(larmes aux yeux)

-(la mère)...c'est vrai ça qu'on fait tout pour lui,vous savez bien vous, qui êtes infirmière,qu'après un AVC la rééducation est pri-mor-diale...là,ça fait un an qu'on se bat pour lui,parce que lui,hein,si on l'avait écouté,il n'aurait rien fait et maintenant il ne veut plus rien faire,pensez!...pour ne pas aller chez le kiné,il se jette par terre,alors après pour le relever...mais je le relève,enfin jusqu'à l'autre jour...et pourquoi il me fait ça ?....oui,je sais,le médecin pense à une phase dépressive...et puis qu'on arrête de parler de maladie psychiatrique-maniaco-dépressive,il n'a que des troubles bipolaires,ça fait 30 ans qu'il en a,alors pensez si je m'y connais...on était commerçant pendant 45 ans,toujours ensemble,encore aujourd'hui...moi,tout ce que je veux c'est qu'il redevienne l'homme qu'il était,un battant....et le médecin,il passe quand ?...ah oui,c'est dimanche...il n'y a pas de médecin qui fait des rondes ?...ah bon,plus à notre époque ?...évidemment....oui,j'ai vu le psychiatre de l'hôpital hier,mais c'est tous les jours qu'il devrait venir voir les malades!..il est peut-être joli garçon mais comme docteur c'est un zéro!...tenez,je vous donne les coordonnées de tous les psychiatres qui suivent mon mari,comme ça il pourra leur téléphoner...mais bien sûr qu'il en a plusieurs,il lui faut bien ça,quand je vous dis que je fais tout pour mon mari et lui,qu'est-ce qu'il fait pour moi ?...et dire que vous parlez de sortie,moi tout ce que je vois c'est qu'il "s'installe" ici comme un coq en pâte,et après,qu'est-ce que je fais,moi??

-(la fille,plus tard,seule,avec son mari) :
mademoiselle,vous savez j'ai bien réfléchi,je crois qu'il y a problème de couple entre mes parents... et moi je suis entre les deux,j'aime mon père et j'aime ma mère mais...vous savez,je crois que c'est ma mère le problème,elle a toujours été très autoritaire,à toujours tout régenter et là,elle ne supporte pas que mon père lui échappe en s'opposant à ce qu'elle veut...parce que je me suis rendue compte que c'était elle qui voulait absolumment la rééducation, et mon père non,alors sans doute que tout ce qu'il ne fait pas,c'est fait exprès....je vais essayer de ne plus m'en mêler parce que là,je sens que c'est moi qui vais péter les plombs...
-(le mari me serrant la main avec un regard entendu):
..
merci pour tout,mademoiselle...

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patiente de 95 ans adressée par la maison de retraite où elle vit, pour baisse de l'état général,anorexie,déshydratation,syndrome infectieux,probable infection urinaire;découverte d'une anémie,une fibro gastrique est demandée.
son fils vient la voir.
-ho..!..oui vous!...vous allez arrêter tout de suite de mettre du scotch sur ma mère..!..oui,ma mère,vous savez,la vieille dame de cette chambre,vous vous rappelez ?..vous savez que les vieilles dames de cet âge ont la peau fragile...?...alors ce sparadrap qui arrache tout,vous allez lui enlever tout de suite ou bien il faut que je vous apprenne votre métier ?....et ce pansement là,sur la jambe,il ne tient pas...vous pouvez même pas mettre un filet ?...ha,j'y suis,les restrictions budgétaires sans doute ??....et depuis combien de temps est-elle au fauteuil ?..vous ne voyez pas qu'elle est fatiguée,vous attendez quoi là ? que je fasse votre boulot ?...
(un peu plus tard,la patiente réinstallée au lit)
...
oui alors,comment va ma mère ?...oui je sais qu'elle ne mange plus,qu'elle refuse de manger,ça fait 1 semaine que je le dis à la maison de retraite,d'ailleurs je vais porter plainte contre eux pour maltraitance....moi,je voyage beaucoup à l'étranger,mais quand je reviens,je vois les choses et là...bon,et qu'est-ce que le médecin d'ici dit à ce sujet,je sais qu'elle avait beaucoup de globules blancs et une infection urinaire..comment ça,vous avez refait un examen des urines,alors ils ont menti à la maison de retraite ? elle n'avait pas d'infection urinaire ? c'est pour vérifier ?..donc,vous avez un doute ?...bon,bon,je comprends...et pour son anémie? soi-dit en passant c'est normal à son âge,et puis de toute façon quand on n'a pas envie de manger,c'est dans la tête....comment ça une fibroscopie gastrique pour voir si elle saigne ??...mais ça va pas non !!! ça fait horriblement mal ce truc-là et pourquoi faire ?? mais bon dieu de bon dieu,vous pouvez pas la laisser tranquille à son âge ??...c'est de l'acharnement thérapeutique et de la maltraitance,je vous préviens !!....vous en pensez quoi,vous ?..ha!..vous ne pensez rien ?...évidemment,évidemment..bon,vous transmettrez au médecin,c'est déjà ça à quoi vous s'rez bonne....parce que vous voyez,ma mère n'a plus envie de vivre,oui elle me l'a dit,alors qu'on la laisse mourir et puis c'est tout !
mes coordonnées ? et pour quoi faire ? pour le médecin? mais je ne suis jamais là,d'ailleurs je repars bientôt,et puis c'est ma soeur qui est la tutrice,alors adressez-vous à elle..!

(à suivre)

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15 juin 2009

visite dominicale (I)

le dimanche est un jour traditionnel pour rendre visite à la famille.
un dimanche après-midi à l'hôpital ne déroge pas à la règle.
c'est le jour traditionnel pour rendre visite à son malade.
c'est une idée de sortie comme une autre...
et si on arrive à parler à l'infirmière "de-ce-qui-se-passe-vraiment",on n'aura vraiment pas perdu sa journée.

le dimanche est un jour traditionnellement calme dans la semaine.
un dimanche à l'hôpital ne déroge pas à la règle.
c'est le jour un peu en sommeil,pas d'examens,pas de médecins,pas de cadres,pas de téléphone...
seuls les soins indispensables sont faits,ainsi que ceux relevant de l'urgence évidemment.
mais les familles sont là,à vous guetter...et là,c'est une autre histoire.

patient de 80 ans entré pour baisse de l'état général dans un contexte d'éthylisme chronique;vit seul à domicile,est veuf et n'a qu'une fille qui habite à 100kms;découverte d'une hyponatrémie au bilan;patient assez désorienté,souvent somnolent;maintien à domicile difficile.
sa fille vient le voir.

-vous êtes l'infirmière? bonjour,je suis la fille de monsieur A.....comment va-t'il ? oui,je sais,c'était pareil,il passait son temps à dormir...j'ai beau venir plusieurs fois par semaine,il ne fait que dormir...et puis boire....Papa boit depuis la mort de Maman il y a 20 ans...j'ai tout fait pour l'en empêcher,je l'ai même pris chez moi ...mais vous savez,quand l'alcool est là....mon mari est très gentil,il aime beaucoup Papa,mais là, il lui en veut beaucoup de continuer à boire malgré tout ce que je fais pour lui...parce que je n'hésite pas à faire les 100 kms pour venir s'il y a un problème....combien de fois je suis venue le ramasser ivre mort pour le ramener chez lui....c'est la solitude qui le fait boire,mais je ne peux plus le prendre chez moi,chez moi il ne boit pas,mon mari dit que si,il l'a vu..mais bon,je ne peux plus le prendre chez moi et ça me culpabilise énormément,si j'étais une bonne fille,ça devrait être comme ça,comme avant...mais j'ai ma famille,mon couple...alors si je ne peux pas le prendre avec moi,c'est moi qui fait la route dès qu'il a besoin....c'est vrai qu'avant ça ne me posait pas de problème dans ma tête,mais là je ne sais pas,je suis en colère et puis je culpabilise,c'est mon père tout de même....il faut que je me raisonne,je vais faire encore plus d'efforts pour lui....si seulement je pouvais "acheter" une dame qui reste avec lui toute la journée....Papa s'était bien trouvé une petite dame,une amie,mais elle a été placée en maison de retraite,elle était devenue Alzheimer....si j'ai pensé à une maison de retraite pour lui ? oui,bien sûr,j'ai même des dossiers,mais ils ne sont pas remplis...je ne veux rien faire dans le dos de Papa,c'est lui qui doit décider,il a toujours tout décidé dans sa vie,et là, il ne veut pas....alors....Je dois faire des efforts,venir plus souvent,tant pis,mon mari comprendra....mes enfants,eux,ils disent que je ne devrais pas faire tout ça,que je ne vis plus...mais bon,vous savez,ils ont 20 ans,et à cet âge on est un peu égoïste,ils n'ont rien à me dire sur ce plan-là....
Qu'est-ce que vous dites?..si j'étais à la place de mon père,est-ce que je demanderais à mes enfants de s'occuper de moi comme ça?...Ah non! certainement pas!!..d'ailleurs,je vais faire un testament en ce sens,et j'en ai déjà parlé à mes enfants...hors de question qu'ils s'occupent de moi ou de leur père quand on sera vieux,qu'ils nous mettent avec les vieux dans une maison,et qu'ils vivent leur vie de jeunes!...C'est trop de souffrance...
Oui,je me rends compte de ce que je dis...je vais y réfléchir...vous savez,quand Maman est morte,je suis venue avec ma fille qui était toute petite,passer quelques semaines à la maison...je faisais tout comme elle,jusqu'aux fleurs dans les vases,tout ça pour que Papa ne s'aperçoive presque pas de son absence...
c'est mon médecin qui m'a dit d'arrêter,j'étais allée le voir,si fatiguée,je lui raconte un peu ce que je fais et là, il m'a dit que je n'étais pas à ma place de fille,que je n'étais pas la femme de mon père,qu'il fallait que j'arrête tout de suite...
je me rends bien compte de tout ça,mais voyez-vous c'est mon Papa et je l'aime....

patiente de 50 ans admise pour éthylisme aigü,alcoolémie à 4g/l;est sortie d'une cure de désintoxication il y a une semaine;vit seule,divorcée,mais a sa famille sur la région.patiente perfusée et sous traitement anti-DT,trémule énormément.
ses parents et sa soeur viennent la voir.

-bonjour,vous êtes l'infirmière? comment va ma fille ?...oui,je sais...c'est dur vous savez....elle ne voulait pas qu'on vienne,son père et moi...pensez...elle avait honte...ah,c'est dur de voir sa fille comme ça,on fait tout pour l'aider,et à nos âges,75 ans,c'est pas facile....c'est dur...je suis allée voir un magnétiseur pour m'aider...à tenir le coup...ça m'a fait du bien,d'ailleurs je vais l'emmener quand elle sera sortie d'ici....parce que je n'en peux plus,c'est trop dur....(elle pleure)

-bonjour mademoiselle,je suis la soeur de mme B.,vous avez vu mes parents tout à l'heure...oui,c'est dur pour eux,pour toute la famille...ma soeur et son problème d'alcool c'est en train de détruire toute la famille...on ne savait pas qu'elle buvait,elle habitait loin avant...avant son divorce...et puis on a su...alors on s'est beaucoup occupé d'elle,l'héberger à tour de rôle,toutes mes soeurs et moi,mais à chaque fois,elle a failli faire exploser le couple avec son problème....on ne peut plus la prendre chez nous,et pourtant on l'aime...on lui a trouvé un appartement,les différentes cures aussi,c'est nous qui nous en occupons...d'ailleurs là,j'ai un dossier,on m'a dit que là-bas c'était bien,si seulement ça pouvait réussir....(elle pleure)

(à suivre)

Posté par mirisa à 11:45 - les patients - Commentaires [2] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

03 juin 2009

Illusions

2008_05_21_filleetgarcon

qui est la fille ?...qui est le garçon ?

une analyse de ce 3ème prix au concours d'illusions d'optiques 2009 ici:
http://www.rue89.com/mon-oeil/2009/05/21/regardez-ces-deux-visages-qui-est-la-fille-qui-est-le-garcon

les autres lauréats de ce concours original sont intéressants aussi,ils sont là:
http://illusioncontest.neuralcorrelate.com/cat/top-10-finalists/2009/#post-1060

c'est drôle de réaliser comment on est façonné à voir les choses de prime abord.
voir au delà de ce que l'on voit n'est pas chose facile
je l'expérimente tous les jours à l'hôpital...

Posté par mirisa à 12:21 - réflexions diverses - Commentaires [1] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

19 mai 2009

anniversaire

CHIFFRE_2_PRINTEMPS

..... 2 ans que ce blog existe.....le temps passe.

merci à vous tous qui me lisez et qui patientez le temps que je mette en forme une histoire.

Posté par mirisa à 11:25 - un peu de moi - Commentaires [6] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

18 mai 2009

la famille tuyau-de-poêle

quand elle est arrivée,c'était la nuit.
petite dame un peu frêle et très déshydratée,un peu désorientée et très fatiguée
au point d'être un peu en partance pour l'Autre-Côté.
alors elle est arrivée dans le service et on s'est mis à la soigner,
en attendant que le temps fasse son oeuvre,lui aussi.

classique.

et puis,dès le lendemain,on a fait connaissance avec sa famille.
et là..pas classique du tout.

d'abord,il y a le père.
petit bonhomme à la tête de farfadet,il aime se présenter en brandissant un doigt qui a la particularité d'être double;
2 ongles côte à côte sur la même phalange,c'est curieux,surtout quand il le pose sur votre bras.
car monsieur est du genre tactile et manifestement,les "'tites z'infirmières" ça le botte vraiment.
il nous déshabille du regard,de haut en bas,en disant d'un air gourmand "ho,les belles filles,ho k'elles sont belles..."
quand la fille est petite,il dit "ho,qu'elle est petite,il m'en faudrait 2 comme ça dans mon lit!"
quand la fille est grande,il dit "ho,qu'elle est grande,elle devrait faire du lancer de poids!"
il aime se promener dans le service,rentrer dans toutes les chambres,et regarder les patients:
quand c'est un "vieux",il dit "moi,je suis encore vert!"
quand c'est un moins vieux (40 ans par exemple),il dit "tiens! un nouveau-né!"
il s'est trouvé un copain,visiteur comme lui,qui vient voir sa "copine" de 97 ans en lui faisant des bécots et des chatouilles.
paraît-il.
c'est notre compère qui nous l'a affirmé en disant que lui,les voyait bien se faire des cochonneries.
et le copain de répondre:
"à nos âges,à défaut de tendre le bras,il nous reste la bouche,si vous voyez ce que je veux dire...!"
on voit.
cela n'a pu que séduire notre homme,et c'est ensemble qu'ils échangent des considérations aussi égrillardes qu'à la caserne de leurs 20 ans.
c'est un autre patient,un "nouveau-né" qui me l'a dit,un peu gêné..."vous savez...c'est deux-là,ils n'arrêtent pas de parler sur vous,c'est du lourd..."
on n'en doute pas.
d'ailleurs,nous sommes toutes éberluées par ces phénomènes,et en tant qu'éléments féminins,nous concluons doctemment que décidemment,chez les hommes,"ça" les travaille jusque dans la tombe.

l'apothéose est arrivé un dimanche quand il dit à une jeune aide-soignante: "ho,toi,t'as des yeux de cochonne !!!"
bon,c'est vrai qu'elle était allée en boîte toute la nuit et qu'elle avait peu dormi.
elle en a été horriblement vexée d'ailleurs...
surtout quand ses collègues lui ont dit "ho! toi,il t'a reconnue!!"
ce à quoi,elle a répondu par une bassine d'eau froide jetée à la volée,sur le dos de ces collègues ricanantes,ce qui a dégénéré en une bataille d'eau en règle.
heureusement que c'était dimanche.
il a plu du plafond ce jour-là.
une façon de laver l'impression de sale.

ensuite il y a le fils et la fille.
tous deux adultes,mais tous deux un peu simplets.
la fille reste assise sur la chaise devant sa mère,sans parler,le regard un peu égaré:une fois assise,elle ne se lève plus.
si on a besoin de passer entre le lit et la chaise,on doit bouger le lit,la fille refusant de bouger de sa chaise.
elle ne dit pas un mot jusqu'au signal de départ du père.
mais au moins elle n'a pas l'air violent.
car le fils est plus perturbé:quand il arrive,il se met assis sur le lit et dévisage sa mère tout le temps de la visite.
quand on le fait sortir pour les soins,il devient très nerveux et se met à marmonner dans sa barbe;
on se chuchote qu'il est un peu fou/parano:
une fois,il a pris pour cible une infirmière,peut-être ressemblait-elle à quelqu'un qu'il n'aimait pas
quoiqu'il en soit,il s'est mis à vociférer des mots sans suite en agitant le poing,
au point -c'est le cas de le dire- qu'elle a dû se réfugier dans une autre chambre en lui claquant la porte au nez.
la cadre ayant voulu intervenir a vite battu en retraite devant les cris qu'il s'est mis à lancer
- "toi,tu vas parler comme moi,toi tu bouges pas les lèvres et tu parles sur moi..???.toi,tu me laisses tranquille!!"

évidemment,nous avons toutes ri sous cape devant la mine de notre cadre qui a décrété que comme c'était un fou,on ne devait rien dire,et plus vite on s'en débarrassera,mieux ça sera.
elle qui disait qu'on exagérait avec cette famille et qu'on faisait des jugements de valeur indignes de soignants.

apparté:
pour ma part,j'ai trouvé qu'il avait raison:la cadre parle pratiquement sans bouger les lèvres,ce qui lui donne un air de petite grenouille
j'ai donc trouvé l'identité définitive de la cadre du service: Reinette la Grenouille
c'est ainsi que je la désignerai dorénavant.
la vérité sort de la bouche des simplets.

il y a une 3ème fille qui habite à l'étranger et qui téléphone en disant que sa famille est complètement folle,
que c'est pour ça qu'elle les a fui,et aussi que son père est maltraitant avec sa mère.
quand on lui propose de parler à sa mère au téléphone,elle accepte mais c'est à un perroquet que parle la mère;
le perroquet de la fille,si vous suivez bien.
parce qu'il paraît que la mère adore causer au perroquet de sa fille.
c'est la fille qui le dit.

et puis il y a la mère.
petite dame frêle hospitalisée pour déshydratation sur vomissements.
son mari a clamé son dégoût de la chose "vous vous rendez-compte,je dois la démerder 3 fois la nuit!!"
elle,elle se sent bien avec nous,elle ne veut plus rentrer chez elle.
nous,on la dorlote.
c'est pour elle que nous supportons les remarques et coups d'oeil égrillards du mari.
c'est pour elle et non pour ses 80 ans à lui qu'on se retient de dire les mots qui nous démangent.
c'est pour elle qu'on ne fait pas de vague.
50 ans qu'elle le supporte.
alors nous pouvons le supporter quelques 3 heures par jour.

un jour où elle devait boire une préparation en vue d'une coloscopie,nous lui avons apporté un litre de cette boisson un peu salée qui a pour effet de nettoyer les intestins,et de provoquer une diarrhée en somme.
pour lui faire passer le goût,on y avait rajouté du sirop de grenadine, et si à 13h30 la bouteille bien rouge et bien pleine se trouvait sur sa table de nuit,à 16h elle était vide.
agréablement surprise,l'infirmière lui demande:
-c'est bien madame,vous avez tout bu...
devant le sourire en coin de la dame,un doute saisit ma collègue:
-c'est bien vous qui avait bu la boisson?
-mmmmmhhhh
alors le mari:
-elle était bonne cette grenadine! pourquoi ?
qui a dit que la vengeance est un plat qui se mange froid?
on en ri encore.

enfin un jour,elle est rentrée chez elle.
son mari en était tout déconfit,il se voyait bien en veuf,il l'avait dit à toutes leurs connaissances qui,inquiètes appelaient au service pour savoir si c'était bientôt la fin ou déjà fini.
tout ce que l'hôpital a pu faire,c'est mettre en place des aides à domicile,une visite tous les jours pour cette petite dame à l'environnement familial limite.

histoire de veiller sur elle,de lui donner une bouffée d'air venu de l'extérieur,en espérant que cela suffise à prévenir une certaine maltraitance familiale latente ou réelle.

Posté par mirisa à 20:53 - dans mon zoo à moi - Commentaires [1] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

27 mars 2009

week-end de printemps (bis)

dimanche

le service s'est bien rempli depuis la veille.
j'ai pas mal de soins techniques à faire,ce qui n'est pas pour me déplaire,mais j'ai intérêt à carburer si je veux pouvoir tout boucler.

Ensuite,pendant que je distribue les médicaments du soir,les "permissions" reviennent l'une derrière l'autre:
-la 1ère,une femme de 42 ans qui a un érythème noueux en cours de bilan, arrive en traînant les pieds.
son week-end s'est passé dans l'angoisse de l'avenir,de ce que les médecins vont lui annoncer,de son travail...
angoisse aussi d'avoir dû gérer l'angoisse de ses proches,elle qui n'était jamais malade...

-la 2ème,une femme de 44 ans,qui est là pour douleurs multiples cachant un syndrome anxio-dépressif,revient les traits tirés,le regard fuyant.
son week-end s'est passé dans l'angoisse la plus extrême,impression de tête vide,de vie dans le mur,d'impasse sans issue....tout en ayant à gérer les reproches plus ou moins muets de sa famille:
il n'est pas facile à une femme maghrébine,mère de 4 enfants,de dire que son mariage est un désastre,et de dire combien elle en souffre.

-la 3ème,une femme de 46 ans,toxicomane,éthylique,revient comme je l'avais prévu,d'un "bon" pas.
son élocution pâteuse,sa démarche un peu incertaine,ses paroles parsemées de jurons fleuris lancées d'une voix forte,tout ceci m'indique de façon objective que Madame est bourrée.
et en plus,elle ramène des copains de bouteille qu'il me faut surveiller,cadrer et faire partir,à leur grande stupeur...

Et,dans ce bruit de fond,mélange de voix (et mes médicaments,y z'arrivent ??......mais oui,l'infirmière,elle arrive!!) et de sonorités télévisuelles ("du bour-sin,sinon ri-en").....un visage.

elle est couchée dans son lit,le drap remonté jusqu'au menton comme une poupée.
elle me sourit mais ses yeux sont si tristes qu'ils accrochent mon regard.
alors je lui caresse la main doucement.
je suis un peu pressée,un peu en retard,je pense déjà à ce que je dois encore faire d'ici l'arrivée de l'équipe de nuit,je suis sûrement passée en coup de vent déjà tout à l'heure,mais j'ai trop de choses à faire,je ne peux vraiment pas m'arrêter...
mais je lui caresse la main,comme pour me faire pardonner.

elle me montre alors ses doigts bizarrement fripés,"comme s'ils avaient trempé dans l'eau,alors que c'est pas le cas".
je prends sa main,petite et froide,ses ongles ont la courbure typique des pathologies respiratoires,les fameux doigts d'Hippocrate.
c'est qu'elle a un cancer pulmonaire,chimio-résistant en plus.
c'est qu'elle n'a que 48 ans.
je la regarde et voilà que de grosses larmes rondes s'échappent de ses yeux pour rouler sur l'oreiller.
alors je m'asseois sur le bord du lit.
le bruit de fond du service se met en sourdine,et j'écoute enfin.
elle me dit qu'elle va mourir,elle qui aimait tant la vie.
et elle pleure sans bruit.
je ne lui dis pas non,je ne lui dis pas oui,je lui essuie les larmes,son visage se blottit un instant dans ma main,visage si amaigri qu'il y tient presque entier.

ça faisait longtemps que cela ne m'était pas arrivé,ce genre de confidence.
j'ai retrouvé les mots que j'employais,avant,et tout doucement ils sont sortis.
j'ai essayé de l'apaiser,avec le peu de temps dont je disposais.

et puis j'ai dû me lever,le bruit de fond a retrouvé de la vigueur,on m'attendait avec force cris et récriminations ("mais qu'est-ce qu'elle fiche l'infirmière ??...et mes médicaments alors ??")

je me suis ébrouée comme un vieux cheval en sortant de la chambre.
et je me suis demandée ce que je faisais là, dans ce service bruyant de médecine fourre-tout.

finalement travailler en soins palliatifs me manque.
vraiment.

Posté par mirisa à 18:22 - dans mon zoo à moi - Commentaires [3] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

23 mars 2009

week-end de printemps

j'étais d'après-midi ce week-end.

samedi
entre 3 départs en permission et 6 lits inoccupés,il ne me reste pas grand monde à m'occuper.
à croire que le beau temps éloigne les gens des Urgences,calme plat sur tout l'hôpital.
les patients qui sont présents se portent tous pas mal du tout,entourés de visites,les sourires fleurent sur les visages.

je suis avec 2 AS,2 jeunes poulettes un peu délurées,notre tour et nos soins se font rapidement et dans une bien bonne humeur qui dérident même les plus récalcitrants.

ensuite,on se fait une pause,histoire de se reposer...
il y a des journées comme ça,le week-end à l'hôpital,où tout semble suspendu,pas de malade très malade,pas de médecin,pas de surveillante/cadre,pas d'élèves,pas de téléphone......temps rare et béni.

à la pause donc,on jacasse comme dans un poulailler:c'est très intéressant les cancans de l'hôpital.
la vie sentimentale passablement agitée du Tigre est notamment passée à la moulinette.
c'est mieux qu'à la télé,je ris beaucoup,je l'avoue,mes collègues ont cet humour imagé à la Arletty,c'est irrésistible.

ah,un peu de travail qui s'annonce,une entrée qui arrive.
il s'agit d'un homme de 40 ans qui vient pour une pneumopathie.
le brancardier qui nous l'amène est un peu "benêt",et là en l'occurence,il vient nous chuchoter un scoop qui le fait presque trembler:
-tu t'rends compte,le monsieur que j't'amène,il a 7 gosses et le 8ème est en route!! c'est un catho de chez catho!!
et il répète sans arrêt "oh là là,7 gosses bientôt 8...!!" en secouant la tête et les mains.
une vraie litanie.
comme quoi,les patients ne s'en rendent pas compte,mais ils peuvent occasionner des chocs nerveux chez les soignants.

on rit encore beaucoup après le départ du brancardier en état de choc,"il est quand même grave cui-là...!"
et mes 2 AS curieuses comme des pies me rapportent qu'effectivement le patient a le chapelet et le missel sur sa table de nuit.
bel homme (en plus!..),ses convictions affichées les laissent un peu perplexes,ce n'est pas un "vieux" ni un "musulman" ni un "moche"....."trop bizarre..!"

je parle avec ce patient "atypique" et c'est vrai que j'ai rarement rencontré quelqu'un si plein de certitudes et de convictions.....plus que ses convictions religieuses,c'est ses certitudes sur la vie qui m'interpellent:
une vie toute droite,sans accident,sans incident,sans remise en question....apparamment ça existe encore à notre époque.
mentalement,je lui souhaite de continuer toujours comme cela,avec une vie comme un long fleuve tranquille.
mentalement,je lui souhaite de ne jamais être très malade.

il me dit à propos de son hospitalisation actuelle,qu'il a appelé les pompiers parce que son diaphragme s'était paralysé,qu'il n'arrivait plus à respirer,et qu'il a perdu conscience à l'arrivée des secours.
un malaise vagal en somme,il est drôlement anxieux.
il me dit ensuite qu'il est asthmatique,qu'il a toujours avec lui un inhalateur au cas où,mais qu'il en prend chaque jour par précaution.
je regarde l'inhalateur:il s'agit d'un traitement de fond,pas vraiment indiqué pour une vraie crise d'asthme aigüe.
il me dit ensuite que ses 7 enfants sont tous asthmatiques,comme lui,normal,ça vient de lui.
quand je lui fais remarquer que l'asthme n'est pas héréditaire,il me répond "mais je suis leur père!"

il me fait penser à un chêne centenaire,aux racines plongées profondément dans des convictions solides,aux branches se déployant avec orgueil sur la vie,et qui,au premier orage d'envergure,se trouvera terrassé,brisé en deux par la foudre.

puisse-t'il échapper toujours à l'orage.

Posté par mirisa à 11:25 - dans mon zoo à moi - Commentaires [0] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

16 mars 2009

histoire d'eau de vie

un homme de 44 ans est arrivé dans mon service il y a quelques jours.
on l'a retrouvé dans son vomi dans une chambre d'hôtel,complètement ivre.
et aux urgences,on lui a trouvé une alcoolémie à 6g/l.

après 4 jours passés de traitement intensif pour éviter au maximum un Delirium Tremens,je le vois ce matin,calme bien que toujours tremblotant,avec son IPOd à la main.

il m'appelle un peu plus tard :
-je voudrais un élétro-encépaa-logramme..
-heu....et pourquoi faire ?
-j'arrive pu à taper vite sur mon Aïe-POde,ch'suis tout lent,c'est pas normal....j'dois avoir un truc au cerveau..!!
-mmhhhh.....

Posté par mirisa à 19:26 - les patients - Commentaires [0] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

05 mars 2009

je ris de me voir.....

l'autre soir,j'ai regardé l'émission consacrée à "l'Hôpital".

paraîtrait-il que les infirmières de l'hôpital passeraient en catégorie A,ce qui signifie dans le langage de la Fonction Publique,qu'elles auraient le statut de cadre...d'où une augmentation de salaire.

ha,ha,ha,ha,ha,ha,ha,ha,ha.

bizarrement,je suis sceptique.

paroles de service:

(la cadre):-bon,si les infirmières passent en catégorie A,moi,je m'installe dans mon bureau et je prends des cours de tricot.....et je tricote toute la journée !!

(les aides-soignantes):-et nous alors ??.. y'a pas de raison qu'y en ait que pour les inf' !!!

(un médecin):-de toute façon,les cadres ne servent à rien alors....

(un autre médecin):-mais si les infirmières sont augmentées,les médecins doivent l'être aussi...!

(les infirmières):-t'as vu,on va être augmentée,c'est génial..!...c'est pour quand ??

(d'autres infirmières): -je le croirais quand je le verrais sur ma fiche de paie..!

(et moi):-il est où l'argent pour cette augmentation ?..et les cadres,ils vont passer dans quelle catégorie...en catégorie Z ??...on ne mélange pas les torchons et les serviettes voyons...

faut dire qu'à l'hôpital,il n'y a pas que des infirmières (ah bon..?) et que s'il y a valorisation de leur salaire,eh bien tous les autres corps de métier voudront leur part du gâteau.

effet domino: où va-t'on trouver l'argent ?

voilà pourquoi je ris de me voir si belle dans ce miroir qu'est la télévision...
si jamais l'augmentation arrive,je vous ferais signe...
miroir,oh mon beau miroir.....

Posté par mirisa à 19:39 - réflexions diverses - Commentaires [5] - Rétroliens [0] - Permalien [#]



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